AstraZeneca : quel lien entre les thromboses et le vaccin ? Plusieurs théories émergent

Article publié sur sciencesetavenir.fr

Après de rares cas de thrombose survenus dans le monde à la suite d’une vaccination contre le Covid-19 avec le vaccin AstraZeneca, plusieurs théories émergent pour expliquer ces incidents. Sciences et Avenir fait le point avec des spécialistes sur les théories les plus plausibles.

Les thromboses sont provoquées par un caillot sanguin (composé de plaquettes agglutinées) qui obstrue un vaisseau sanguin. @PIXABAY

L’Agence européenne du médicament (EMA) vient de mettre à jour son bilan sur le vaccin d’AstraZeneca contre le Covid-19. L’EMA a établi “un lien possible avec de très rares cas de caillots sanguins inhabituels avec des plaquettes sanguines basses”, précisant que la balance “bénéfices-risques” de la vaccination reste toujours largement positive. Le comité d’étude a conduit une analyse en profondeur de 62 cas de thrombose veineuse cérébrale et de 24 cas de thromboses veineuses splanchniques dont 18 ont été fatals. Ces dernières semaines, de nombreux pays, dont la France, ont suspendu temporairement la vaccination avant d’y voir plus clair. Si ces cas restent extrêmement rares, ils méritent toutefois d’être expliqués. Plusieurs équipes de recherche tentent de mettre le doigt sur le mécanisme qui conduit à la survenue de ces thromboses cérébrales. Une localisation très rare, puisque la majorité des thromboses touchent les artères et non le cerveau. Autre paramètre surprenant : ces thromboses sont associées à une baisse des plaquettes dans le sang, alors que cela devrait être l’inverse : un sang plus fluide favorise les hémorragies.

Une erreur au moment de l’injection ?

Pour tenter d’expliquer ces thromboses, ces caillots de sang qui viennent boucher une veine, le collectif Du côté de la Science avance que cette réaction pourrait être due à un problème lié à l’injection au moment de la piqûre : l’injection ratée ferait passer le contenu de la seringue directement dans le sang. L’adénovirus synthétisant la protéine S dans le sang génèrerait une réaction immunitaire trop importante, qui entraînerait des problèmes de coagulation et des thromboses. Une hypothèse “surprenante” pour le Pr Stéphane Zuily, professeur de médecine vasculaire au CHRU de Nancy. “Les vaisseaux sanguins sous la peau ne sont composés que de capillaires, des petits tuyaux de la taille d’un cheveu, même plus petits qu’une aiguille. Rien n’empêche en effet de léser un capillaire au moment de l’injection et que le produit passe dans le capillaire. Il y aurait donc peut-être une réaction locale. Mais cela n’explique pas pourquoi les thromboses ont lieu dans la tête alors qu’on injecte dans le bras. De plus, quand on injecte le produit, la protéine spike (présente à la surface du coronavirus, ndlr) est encapsulée dans des billes de lipide. Il faudrait qu’elle sorte de la capsule pour se diffuser dans le capillaire et ensuite rejoindre la circulation plus largement. Or la capsule est faite pour se diffuser dans le muscle, pas dans le sang.” Autant de facteurs qui laissent les spécialistes perplexes. “Tout le monde peut rater son injection mais ce n’est pas l’hypothèse la plus convaincante“, abonde le Dr Nicolas Gendron, médecin au service d’hématologie de l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris.

Un anticorps dirigé contre les plaquettes des patients

Une autre piste émerge d’Allemagne, où l’équipe du professeur Andreas Greinacher, de l’université de Greifswald, un grand spécialiste de son domaine, a publié un article sur le lien entre la vaccination à l’AstraZeneca et la survenue de thromboses. Dans son analyse, l’équipe examine le cas de neuf patients (âgés de 22 à 49 ans) ayant présenté une thrombose entre 4 et 16 jours après la vaccination. Parmi eux, sept patients ont présenté une thrombose cérébrale et quatre sont décédés. Le Pr Greinacher décrit une réaction du système immunitaire inappropriée face au vaccin et la compare à une pathologie dont il est un grand spécialiste : la thrombopénie induite par l’héparine (TIH).

L’héparine est un médicament utilisé depuis plus de cent ans, dont la propriété principale est d’empêcher la coagulation du sang. En cela, il est envisagé pour traiter les thromboses dues au Covid-19 (puisqu’en fluidifiant le sang, il empêche la formation de caillots sanguins). Seulement, dans les réactions observées par l’équipe allemande, certains patients présenteraient une allergie à l’héparine. Au contact de cette substance, le corps créerait des anticorps anti-PF4 partout sur la membrane des plaquettes. Quand les anticorps viennent se fixer dessus, les plaquettes s’activent. Elles s’agrègent toutes entre elles. Accrochées ensemble, elles forment de gros amas, qui provoqueront un caillot sanguin. Lors des analyses sanguines, les résultats montrent un taux faible de plaquettes. En réalité, le patient n’en a pas moins ; seulement, il n’en reste pas beaucoup de libres car nombreuses d’entre elles sont agglutinées dans l’amas sanguin. “C’est une réaction anormale et grave qu’on connaît dès sa quatrième année de médecine“‘, explique le Pr Zuily.

Comment se fait-il que certains patients soient allergique à l’héparine sans jamais y avoir été exposé ? “Il existe différents types d’allergies. Certaines arrivent avec l’exposition à un facteur, comme les noisettes ou les arachides. Pour d’autres, ce sont des allergies immédiates qu’on peut avoir sans exposition au préalable.” Pour le Pr Greinacher de l’équipe de Greifswald, il se passerait sensiblement la même chose chez les patientes ayant bénéficié du vaccin, sauf que cette fois l’héparine n’entre pas en jeu mais le vaccin AstraZeneca repose sur la technique de l’adénovirus atténué (qui utilise un virus vivant mais rendu inoffensif pour l’Homme, pour véhiculer une partie précise de l’ADN d’un autre virus). “De la même manière, le système se sent agressé, il saute sur les cellules endothéliales du malade et provoque un véritable coup de grisou intravasculaire. Tout s’emballe et le patient finit en thrombose“, explique le Pr Elalamy, chef du service d’hématologie à l’hôpital Tenon de Paris.

Détecter puis traiter cette réaction rarissime

Une théorie “assez convaincante” pour le Dr Nicolas Gendron de l’hôpital européen Georhes-Pompidou de Paris. D’autant que l’étude complète ses travaux avec un test effectué sur les patients, chez qui des anticorps anti-PF4 ont été retrouvés chez quatre des patients. “Tout laboratoire peur faire ce test pour détecter ce nouvel antigène. Donc en cas de suspicion, nous pourrions aussi y avoir recours dans nos laboratoires. On ne sait pas pourquoi cela arrive mais on sait le diagnostiquer maintenant, ce qui est une véritable avancée.” Un traitement peut même stopper la progression de la coagulation sanguine. “On peut administrer des immunoglobulines en intraveineuse. Elles sont vraiment bien tolérées et permettent de contrer les anticorps produits par l’organisme. Ainsi, pas de réaction en chaîne“, précise le Pr Elalamy.

Reste à savoir pourquoi les thromboses se déclenchent dans le cerveau. “La manière dont sont formées les veines dans le cerveau, leur endothélium, serait différent comparé à d’autres endroits du corps, notamment les poumons. Cela pourrait constituer un élément de réponse. Ajouté à cela, il existe certaines thromboses qu’on appelle “insolites” liées aux thrombopénies induites par héparine. Cela pourrait y correspondre“, avance le Pr Zuily.

Le bénéfice lié à la vaccination reste immensément supérieur au risque

Les trois spécialistes précisent que cette réaction reste extrêmement rare et qu’elle reste de l’ordre de 1 cas pour 100.000 personnes, voire 1 cas pour 250.000 selon les calculs. Le bénéfice de se faire vacciner pour se protéger du Covid-19 reste donc immensément supérieur au risque. “Vacciner permet de protéger et de proposer une solution pérenne à long terme. Aujourd’hui cette protection est indispensable”, rappelle le Pr Elalamy. Après une vaccination, il convient de surveiller la survenue de toute réaction au niveau du point d’injection. En cas de douleur dans le bras qui persiste au bout de trois jours, un bras qui gonfle, de fortes douleurs à la tête ou dans la jambe, alors le malade peut consulter. Les praticiens de santé verront avec une simple prise de sang si un “orage vasculaire” est en cours ou non et une réponse adaptée lui sera proposée. 

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