Le célibat plutôt bien vécu par les Français

Article publié sur Liberation.fr

Selon l’Insee, en 2013, le célibat concernait près de 21% des Français entre 25 et 65 ans. Photo Kathrin Ziegler. Getty Images

Loin des clichés à la Bridget Jones, une étude publiée par l’Institut d’études démographiques (Ined) ce mercredi montre qu’un tiers seulement des célibataires vivent mal leur situation. Les femmes modestes sont celles qui le vivent le mieux.

«Alors toujours célibataire ?» A ce genre de question pouvant paraître – au choix – amusante, embarrassante voire agaçante, on serait tenté de répondre qu’être seul n’est pas une fatalité, bien au contraire. Chose courante aujourd’hui, le célibat concerne, selon les derniers chiffres de l’Insee (2013), près de 21% des Français âgés de 25 à 65 ans, hommes comme femmes.

Selon une enquête publiée par l’Institut national d’études démographiques (Ined) ce mercredi, il serait même choisi (ou du moins pas trop mal vécu) par la majorité des célibataires. «Seule une minorité des célibataires [un tiers, ndlr] rapporte un effet négatif du célibat sur leur vie quotidienne ou sociale, sur les vacances ou les loisirs», affirme l’enquête. Quelle que soit la dimension abordée, les femmes comme les hommes célibataires considèrent le plus souvent que «ça ne change rien».

Plus encore, le célibat serait émancipateur : «Les personnes qui sont en couple et ont connu une longue période de célibat vont plus souvent voir des amis ou de la famille seules, aller en vacances seules ou être plus autonomes», confie Marie Bergström, coautrice de l’article et chercheuse à l’Ined.

Un constat bien loin des résultats obtenus en 1992 par une étude mondiale intitulée «Pursuit of Happiness». Dans une revue de psychologie, le professeur David Myers affirmait en effet que partout dans le monde, les gens mariés étaient globalement plus heureux que les personnes seules. «Pour neuf personnes sur dix, l’alternative la plus intéressante à la solitude est le mariage. […] Une relation intime impliquant le soutien mutuel apparaît comme l’une des plus grandes satisfactions dans la vie», peut-on lire dans son article.

Décalage de calendrier

Les parcours conjugaux entre hommes et femmes sont, en outre, sensiblement différents. Les femmes entreraient plus tôt dans la conjugalité. Selon l’Insee, «seules 22 % des femmes de 26 à 29 ans ne sont pas en couple ou engagées dans une relation amoureuse importante, contre 30% pour les hommes». Mais, à partir de la quarantaine, le taux de vie hors couple des femmes augmente, sans plus diminuer.Inversement, le célibat des hommes semble lui régresser avec l’âge.A partir de 40 ans, la proportion de ceux vivant seuls diminue : elle passe de 20% à 15% entre 40 et 49 ans.

Pour Marie Bergström, la raison tiendrait aux différences de représentation des âges sexués : «Les femmes sont tenues de grandir plus tôt. Elles entrent donc plus tôt dans la conjugalité.»Les femmes jeunes seraient, en outre, souvent attirées par des hommes légèrement plus âgés qu’elles,«censés représenter, pour elles, une plus grande maturité». Cette observation permet d’expliquer, selon la chercheuse, pourquoi les hommes entreraient dans la conjugalité plutôt vers 30 ans.

Si les femmes séparées ont, selon les chiffres, plus de mal à retrouver quelqu’un après 40 ans, il n’est pas question de tomber dans un discours misérabiliste pour autant. «Lorsqu’on les interroge sur le caractère plus ou moins choisi de leur célibat, les femmes plus que les hommes (46% contre 34%) préfèrent le rester», explique la chercheuse de l’Ined.

Pour les femmes modestes, «le célibat ne change pas» grand-chose

En tête du classement figurent les femmes issues des milieux les plus modestes. «Les personnes employées ou ouvrières plus que les personnes cadres ou appartenant aux professions intellectuelles supérieures (43% contre 33%) affirment que “c’est un choix”», peut-on lire dans l’étude. Un constat étonnant lorsqu’on sait que 80% des familles monoparentales sont gérées par une femme seule et que 24% d’entre elles estimaient, selon un rapport de 2017 du défenseur des droits, que cela entravait leur accès à un logement.

Et pourtant, ce sont bien les femmes issues des milieux les plus populaires qui vivraient le mieux leur célibat. «Pour elle, la situation avec le célibat ne change pas des masses : elles sont toujours en charge de la vie professionnelle, domestique et des enfants», explique Géraldine Vivier, coautrice de l’enquête. Si elles ne sont pas occultées, les difficultés et pressions financières «ne sont ni très nouvelles ni très différentes de celles connues en couple». En revanche, beaucoup notent un gain en termes de liberté de décision : elles apprécient de ne plus avoir «à rendre des comptes à leur conjoint» ou de pouvoir «gérer leur budget».

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