Covid long: l’impact sur la vie des patients s’aggrave après six mois

Article publié sur sciencesetavenir.fr

Une étude française met en évidence qu’une partie des symptômes du Covid long empire avec le temps et que l’impact sur la vie des patients est de plus en plus pesant après les premiers mois.

Un fardeau de plus en plus lourd. Le Covid long, qui toucherait près de la moitié des personnes ayant développé le Covid, concerne selon l’OMS “des personnes avec une infection probable ou confirmée par le coronavirus SARS-CoV-2 qui ont des symptômes encore trois mois après le début du Covid-19 et dont les symptômes ne peuvent pas être expliqués autrement”. Ces symptômes sont très variés et leur intensité peut fluctuer au cours du temps. Pour mieux comprendre l’évolution de ces symptômes, des chercheurs de l’Inserm et de l’hôpital Hôtel-Dieu à Paris (AP-HP) ont suivi pendant près d’une année 968 patients avec Covid long, dans l’étude longitudinale la plus complète à ce jour sur cette nouvelle maladie. Voici les trois conclusions principales de cette étude, publiée le 5 avril 2022 dans Nature Communications.

1. 85 % des patients avec Covid long ont encore des symptômes un an après

L’étude a suivi des personnes avec une infection confirmée (par PCR ou test sérologique), ayant encore des symptômes deux mois après l’infection, grâce à la cohorte ComPaRe de l’AP-HP, qui recrute des patients avec des maladies chroniques, dont le Covid long. L’âge médian des participants était 48 ans, dont 57 % étaient des hommes et 35 % avaient des comorbidités. La grande majorité de ces patients ont présenté des symptômes légers lors de la phase aigüe du Covid-19, avec uniquement 7,7 % nécessitant une hospitalisation (et 3,5 % une admission en réanimation). Tous les deux mois, les patients devaient répondre à un questionnaire en ligne sur leurs symptômes, jusqu’à la disparition de ceux-ci.

Premier résultat : la grande majorité de ces participants (85%) présentaient encore des symptômes une année après l’infection. L’étude ne comptait pas de groupe contrôle, donc les chercheurs ne peuvent pas écarter entièrement la possibilité qu’une partie de ces symptômes à longue durée ne soient pas spécifiques au Covid long mais soient dus à d’autres problèmes de santé. Mais ceci est peu probable vu à quel point le Covid empire l’état de santé à long terme.

2. Le Covid long se divise en deux phases

Les chercheurs ont mis en évidence que l’évolution des symptômes du Covid long est séparée en deux étapes. La première, avant les six mois, est caractérisée par la disparition progressive de plusieurs symptômes, notamment plusieurs de ceux qui commencent durant la phase aigüe du Covid-19 : toux, fatigue, diarrhée, perte de l’odorat et perte de l’appétit. La toux, par exemple, concernait 50 % des participants à deux mois, et seulement 20 % à six mois.

Cette première phase concerne la moitié des symptômes étudiés (27 sur les 53 symptômes identifiés par la même équipe dans une étude publiée en avril 2021), dont l’intensité diminue pendant ces six premiers mois. Mais malgré cette baisse, une proportion des participants présentaient encore une partie de ces symptômes, tels que la fatigue (81 % des participants après une année), des maux de tête (63%) et le “brain fog” ou brouillard cérébral (60%). Selon les auteurs, cette première étape serait en fait la période de guérison de la phase aigüe du Covid-19, qui serait donc plus longue que prévu et pourrait durer jusqu’à six mois.

La deuxième phase commence après le sixième mois, avec l’apparition de nouveaux symptômes ou l’aggravation de certains déjà présents. Il s’agit par exemple de douleurs de dos, du cou ou des articulations, ou des sensations de fourmillement, picotement ou engourdissement des membres (paresthésie). Un total de huit symptômes (15%) augmentaient durant cette période, dont la perte de cheveux (alopécie) qui concernait 8 % des participants à deux mois contre 15 % à un an.

Le reste des symptômes (18, donc 34% du total) ne fluctuaient pas durant la première année. C’est le cas par exemple de la dyspnée ou gêne respiratoire (qui touchait environ 44 % des participants) ou de certains problèmes de mémoire comme la difficulté à trouver ces mots (environ 48%).

3. La deuxième phase est plus difficile à supporter

La perception de l’impact de la maladie chez les patients présente une évolution en U. La maladie est perçue comme très invalidante au début du Covid long (donc à la fin de la phase aigüe de Covid-19), perturbant considérablement les activités personnelles et professionnelles des participants. À ce moment, environ 80 % des patients jugent que leur condition de santé est “inacceptable”. Cette perception s’améliore rapidement, jusqu’à la fin de la première phase (six mois), probablement grâce à la baisse ressentie de plusieurs symptômes (à ce stade, 50 % des participants jugent encore que leur état est inacceptable).

Mais la deuxième phase entraine une dégradation de cette perception, notamment chez les personnes jeunes : les activités personnelles et professionnelles sont à nouveau affectées, ainsi que la relation avec la famille et les soignants. À la fin de l’année, 70 % des participants percevaient leur état comme inacceptable. Les auteurs proposent que cette détérioration de l’état d’esprit des patients pourrait être due à la prise de conscience du caractère chronique de leur maladie.

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