En Allemagne, le débat s’intensifie autour de la vaccination obligatoire

Article publié sur liberation.fr

Alors que le pays, durement frappé par la vague actuelle de Covid-19, vient de franchir la barre des 100 000 morts, l’idée d’une vaccination obligatoire gagne des soutiens.

L’annonce, le 19 novembre, de l’obligation vaccinale à venir en Autriche, n’a pas manqué de surprendre leurs voisins allemands. A compter du 1er février, tous les Autrichiens devront être doublement vaccinés, quelle que soit leur activité professionnelle, sous peine d’une amende pouvant atteindre 3 600 euros. Inédite en Europe, cette décision a déclenché un débat national en Allemagne, où les hôpitaux continuent de se remplir face à la quatrième vague de l’épidémie – l’Allemagne ayant connu une vague virale de moins que la France. Dans les deux pays, plus de 20% des adultes ne sont pas vaccinés et ce taux stagne depuis l’été.

Vendredi, le président régional de la Bavière, Markus Söder (CSU), a plaidé pour un «frein d’urgence uniforme» lors d’une conférence de presse en marge d’un déplacement dans les zones les plus touchées par le virus. L’Allemagne, a-t-il estimé, aurait besoin «d’une vaccination obligatoire le plus rapidement possible», idéalement dès le 1er janvier 2022. Seule manière, selon lui, de lutter durablement contre les prochaines vagues épidémiques et contre les nouvelles mutations. L’Allemagne a d’ailleurs confirmé samedi avoir détecté ses deux premiers cas de contamination au variant Omicron, chez des voyageurs arrivés d’Afrique du Sud à l’aéroport de Munich, en Bavière.

«Que faut-il de plus ?»

Markus Söder et le président régional écologiste de la région Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, ont publié lundi une tribune dans le journal FAZ en faveur de cette obligation. Le vaccin obligatoire, y écrivent-ils, «n’est pas une atteinte aux libertés, mais au contraire, la condition pour que nous retrouvions notre liberté». Leur position est soutenue par la majorité du parti vert et du SPD. A l’image de l’épidémiologiste Karl Lauterbach, figure respectée des socio-démocrates, qui s’est exprimé sur la chaîne de télévision N-tv : «Que faut-il de plus pour que les gens se sentent assez confortables pour accepter cette vaccination qui ne représente aucun danger ?»

Le scientifique a rappelé au passage que l’Allemagne avait déjà connu un vaccin obligatoire au XIXe siècle, contre la variole. En 1807, le Royaume de Bavière avait même été le premier pays au monde à obliger sa population à se faire vacciner contre la maladie, près d’un siècle avant la France.

Selon les chiffres publiés samedi par l’autorité sanitaire allemande (RKI), le pays avait encore enregistré en vingt-quatre heures plus de 67 000 nouveaux cas de Covid-19, pour un taux d’incidence record sur sept jours de 444. Jeudi, l’Allemagne, où 69% de la population est entièrement vaccinée (contre 75% en France), a franchi la barre des 100 000 décès depuis le début de la pandémie.

Futur gouvernement sous pression

Face à cette nette aggravation, le ministre de la Santé, Jens Spahn (CDU), ne s’oppose plus complètement, comme il le faisait encore cet été, à l’idée d’une vaccination obligatoire. Mais il met en doute l’efficacité d’une telle mesure, «une question de liberté et d’obligation», qui risquerait selon lui de provoquer une fracture sociale.

Dans ce contexte, la pression augmente sur le futur gouvernement d’Olaf Scholz (SPD), qui doit succéder début décembre à Angela Merkel à la tête d’une coalition réunissant socio-démocrates, verts et libéraux. Les libéraux du FDP s’opposent depuis le début de la pandémie aux mesures restrictives. L’une de ses figures, le nouveau ministre désigné de la Justice, Marco Buschmann, a estimé jeudi à la télévision publique que la vaccination obligatoire «n’aidera[it] pas» à juguler la crise sanitaire actuelle.

Annoncée mi-novembre par la chancelière sortante Angela Merkel, à l’issue d’une réunion d’urgence entre le gouvernement et les chefs des régions, la vaccination obligatoire des soignants figure dans l’accord de coalition du nouveau gouvernement, présenté mercredi à Berlin. Mais le calendrier d’application de cette mesure est encore flou. Et certains s’inquiètent qu’elle puisse aggraver la pénurie actuelle de soignants, qui réduit le nombre de lits disponibles en soins intensifs. Dans les régions les plus touchées du sud et de l’est du pays, certains établissements sont totalement saturés. Une «surcharge aiguë» qui a déjà nécessité le transfert de patients à l’étranger, indiquait il y a quelques jours le président de l’association allemande de médecine de soins intensifs, Gernot Marx.

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