Comment le variant Delta pourrait rebattre les cartes de l’épidémie à l’automne

Article publié sur le nouvelobs.com

Avec plus de vaccinations mais un variant Delta plus contagieux, l’Institut Pasteur s’est décidé à mettre à jour ses prédictions pour l’automne. Et cela ne devrait pas plaire aux personnes vaccinées…Avec plus de vaccinations mais un variant Delta plus contagieux, l’Institut Pasteur s’est décidé à mettre à jour ses prédictions pour l’automne. Et cela ne devrait pas plaire aux personnes vaccinées…

Mise à jour « Delta » ! En juin dernier, l’Institut Pasteur avait étudié comment la campagne de vaccination en France pouvait influer la force (et la composition) d’une quatrième vague épidémique, que l’Institut n’envisageait pas avant l’automne.

Mais patatras : l’arrivée du variant Delta dans l’hexagone a déclenché une quatrième vague de cas, d’hospitalisations et de décès, certes plus faible que les précédentes, mais dès le mois d’août… Depuis, le discours fort et les mesures strictes imposées par le gouvernement, à commencer par le pass sanitaire, ont relancé l’élan de la vaccination.

Avec plus de vaccinations, mais un variant plus contagieux, donnant lieu à des formes plus sévères, l’Institut Pasteur s’est décidé à mettre à jour ses modélisations pour l’automne. Et elles risquent de mécontenter les vaccinés qui espéraient retrouver une vie « normale ».

Reprenons les éléments un par un.

La couverture vaccinale française, boostée pendant l’été, a donc atteint des niveaux supérieurs aux hypothèses faites en juin. L’Institut Pasteur envisage donc pour l’automne une couverture vaccinale de 70 % chez les 12-17 ans, 80 % chez les 18-59 ans et 90 % chez les plus de 60 ans (contre 30 % – 70 % – 90 % dans l’analyse de juin.

Mais, à l’inverse, les dynamiques de l’été ont confirmé, explique l’Institut, la très haute transmissibilité du variant Delta, qui amène les chercheurs à faire l’hypothèse d’un R0 (facteur de reproduction de base, c’est-à-dire sans mesure de restriction, ni vaccin) égal à 5 (contre R0 = 4, en juin). Pire, si Pasteur maintient les hypothèses selon lesquelles la vaccination réduit le risque d’hospitalisation de 95 % et le risque de transmission de 50 %, l’Institut revoit à la baisse la protection du vaccin contre l’infection au variant Delta. Ainsi, alors que la vaccination réduisait selon eux le risque d’infection de 80 % en juin, ils ont retenu un chiffre de seulement 60 % en ce mois de septembre.

Quelles conséquences ?

Ces éléments (plus de vaccinés mais un vaccin moins efficace contre l’infection) vont malheureusement dans le même sens : celui de plus de vaccinés potentiellement contaminant. Expliquons-nous : l’efficacité d’un vaccin contre l’infection n’étant jamais de 100 %, plus il y a de Français vaccinés, plus il y aura de vaccinés infectés, c’est mathématique. Le problème étant qu’ici, l’efficacité du vaccin contre l’infection a diminué, augmentant encore d’autant le nombre de potentiels vaccinés qui seraient contaminés malgré tout… et donc le nombre de potentiels contaminants.

Conséquence directe, l’Institut Pasteur s’attend à ce qu’à peu près la moitié des infections aient lieu chez des personnes vaccinées à l’automne. Les chercheurs s’inquiètent donc de l’arrêt de toutes mesures de contrôle, qui « pourrait conduire à un stress important sur le système de santé ».

Ils assurent néanmoins que l’intensité des mesures nécessaires pour réduire la pression sur les hôpitaux pourrait être bien moindre, grâce à l’impact de la vaccination. Ainsi, alors que les confinements ont été rendus nécessaires en 2020 pour réduire le nombre de malades à l’hôpital, Pasteur estiment que les gestes barrières, le port du masque, un certain degré de distanciation physique et… le passe sanitaire devraient suffire à faire baisser la pression sur le système de santé.

Un satisfecit pour les antivax ?

Une lecture rapide de l’étude (ou de notre article) pourrait laisser penser que la vaccination a été rendue inutile par l’arrivée du variant Delta, ce qui pourrait constituer un satisfecit pour les antivax. Détrompez-vous, ce n’est pas du tout le sens des prévisions de l’Institut Pasteur !

Reprenons tout d’abord le chiffre que nous donnions plus haut : la moitié des infections auront lieu chez des personnes vaccinées à l’automne. Il est important de souligner, ici, que dans les hypothèses de Pasteur, 70 % de la population sera vaccinée à l’automne. Donc 50 % de contaminés issus de 70 % de la population vaccinée, quand les autres 50 % de contaminés seront issus des seulement 30 % de la population non vaccinée. Ajoutons à cela que les non vaccinés sont proportionnellement les plus jeunes, moins à même d’être contaminés (ce qui « booste » artificiellement les chiffres des « non vaccinés » dans le bon sens), on comprend que le bénéfice de la vaccination est très loin d’être nul en terme de contaminations.

C’est encore bien plus le cas en matière d’hospitalisation. La vaccination réduisant le risque d’hospitalisation de 95 %, les adultes non-vaccinés contribueront de façon disproportionnée à la pression hospitalière, affirme Pasteur dans ses prévisions automnales. Imaginez : les personnes non-vaccinées de plus de 60 ans représentent uniquement 3 % de la population mais pourraient représenter à l’automne… « 43 % des hospitalisations » !

En d’autres termes, l’Institut Pasteur pointe, sans le souligner explicitement, toute la difficulté politique des mois à venir : étant donné la très haute transmissibilité du variant Delta, l’immunité collective risque d’être difficile à atteindre, d’autant que les personnes vaccinées vont contribuer à transmettre le virus plus qu’espéré, même si elles le font toujours dans des proportions énormément moindres que les non-vaccinées. Or les non-vaccinés seront proportionnellement énormément plus nombreux que les vaccinés parmi les personnes hospitalisées, surtout que « le variant Delta donne lieu à des formes plus sévères », estime l’Institut.

En conclusion, les Français vaccinés pourraient devoir supporter encore un temps des mesures de restrictions, alors même qu’ils ont peu de risque de faire une forme grave de la maladie… pour protéger ceux qui refusent le vaccin et pourraient, à eux seuls, mettre sous pression les hôpitaux. Un paradoxe sociétal qui devrait animer les débats des prochains mois.

Jusqu’à envisager, comme le fait l’Institut, « des mesures de contrôle ciblant cette population » de non-vaccinés, « pour maximiser le contrôle de l’épidémie tout en minimisant l’impact sociétal » ?

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