Coronavirus : Comment l’Italie en est-elle arrivée à une troisième vague ?

Article publié sur 20minutes.fr

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EPIDEMIE Tous les indicateurs épidémiques du pays flambent depuis une dizaine de jours, faisant craindre le pire

  • Il y a un an, l’Italie commençait son tout premier confinement. Un anniversaire d’autant plus douloureux que le pays a passé ce lundi le cap des 100.000 morts du coronavirus.
  • Pire encore, la Botte ne semble pas réussir à endiguer l’épidémie, puisqu’elle connaît actuellement une nouvelle flambée des cas.
  • Comment ce début de troisième vague a-t-il pu avoir lieu ?

Il y a un an jour pour jour ce mardi, l’Italie devenait le premier pays européen à entrer en confinement. Trois cent soixante-cinq jours plus tard, le pays peine toujours à voir le bout du tunnel. Ce lundi, il a dépassé le cap des 100.000 morts du coronavirus, tandis que depuis plusieurs jours, tous les indicateurs épidémiques du coronavirus repartent à la hausse.

« Jamais nous n’aurions imaginé qu’un an plus tard, on aurait dû affronter la même crise et que le bilan officiel des victimes aurait atteint ce terrible seuil de 100.000 morts », a déploré ce lundi le président du Conseil Mario Draghi. Comment l’Italie en est-elle arrivée à cette situation ? 20 Minutes fait le point.

L’Italie subit-elle une troisième vague ?

En Italie, le nombre de cas de coronavirus augmente d’environ 30 % par semaine, avec 123.000 cas dans la semaine du 24 février au 2 mars, chiffre jamais atteint depuis décembre. Le R (taux de reproduction du virus et nombre moyen de personnes contaminées par une personne malade) est estimé à 1,14. Côté hospitalisations, le pays connaît en moyenne 200 nouvelles entrées en réanimation par jour depuis une dizaine de jours. Au niveau de la mortalité, le pays se situe dans une moyenne de 300 morts par jour, en constante augmentation.

« Quand la mortalité et le nombre de cas augmentent aussi rapidement, on peut parler d’une nouvelle vague », dépeint Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève. Il note d’ailleurs que les chiffres « se rapprochent de plus en plus du sommet de la seconde vague en Italie ».

Comment le pays en est-il arrivé là ?

Le 1er février, l’Italie décidait de rouvrir dans la majeure partie du territoire (excepté les régions les plus touchées) ses restaurants, ses bars et ses musées, tout en maintenant un couvre-feu entre 22 heures et 5 heures. L’Organisation mondiale de la Santé avait averti qu’il était « trop tôt pour assouplir » les restrictions en raison de la circulation « encore très élevée » du virus. A cette période, le pays comptait un peu plus de 10.000 cas par jour. Un chiffre qui a presque doublé en un mois.

Suffisant pour expliquer cette hausse ? Pas si simple. Actuellement, la flambée épidémique est très territorialisée en Italie, avec un Nord particulièrement touché et un Sud relativement épargné. Or, de nombreux observateurs font remarquer que les zones avec ouverture des restaurants, bars et musées ne correspondent pas nécessairement aux zones connaissant une forte accélération du virus. « Il est pourtant clair que l’Italie a voulu trop vite desserrer les mesures, alors que le virus circulait encore très activement. Le pays n’en a jamais réellement fini avec la seconde vague », soulève l’épidémiologiste. Pour lui, c’est un peu le drame européen : vouloir composer avec une circulation haute du virus, « qui est de fait susceptible d’exploser à tout moment », comme on a pu le voir également en Allemagne en décembre.

Le variant britannique est passé majoritaire depuis la mi-février, un variant estimé plus contagieux que la souche classique, « ce qui pourrait là aussi expliquer une flambée épidémique », souligne Antoine Flahault, mais justement, « les Italiens connaissaient ce risque et ont quand même décidé d’amoindrir les restrictions, ce qui est d’autant plus précipité ».

Mais surtout, l’Italie n’est pas seule à connaître une troisième vague. En réalité, l’épidémie flambe depuis l’Europe centrale, et aurait peut-être touché, de proche en proche, l’Italie. Antoine Flahault décrit une situation inquiétante : « Quand on regarde une carte de l’Europe, un épicentre d’une troisième vague continentale semble apparaître en République tchèque et en Hongrie, se poursuivre dans les Balkans et désormais en Italie. » Le nombre moyen de cas de contaminations quotidiens a augmenté de 25 % dans plus de dix pays d’Europe centrale la semaine dernière.

Quelles nouvelles mesures pour endiguer l’épidémie ?

Le gouvernement italien discute actuellement d’un confinement le week-end et d’un couvre-feu national à 19 ou 20 heures plutôt que 22 heures, tout en misant sur une accélération de la vaccination (le ministre de la Santé mise sur la moitié de la population – soit 30 millions de personnes – vaccinée d’ici fin juin). Au-delà de ces mesures nationales, ce sont des mesures locales qui vont être appliquées.

« En Italie, la Santé relève de l’échelle territoriale », décrit Beniamino Morante, journaliste spécialiste de l’Italie pour Courrier International. La Botte est depuis fin octobre divisée en zone de différentes couleurs, selon la circulation virale, avec de fortes restrictions de déplacements entre les différentes régions. Ainsi, alors qu’une partie de l’Italie flambe, la Sardaigne, elle, est passée la semaine dernière en zone blanche, avec levée du couvre-feu et ouverture des piscines, salles de sport, cinéma, etc. « Les restrictions se lèvent et se prennent de manière quasi-automatique », souligne le journaliste, ce qui explique également l’ouverture des restaurants début février, « en réalité moins un relâchement politique qu’une application stricte du protocole sanitaire ».

Une nouvelle couleur a été instaurée la semaine dernière, l’orange foncé, entre l’orange et le rouge (niveau maximum). Dans ces nouvelles zones et dans les zones rouges, l’enseignement se fera à distance, ce qui devrait concerner plus de six millions d’élèves selon l’Association des directeurs d’écoles d’Italie. Dans toutes les zones italiennes où l’incidence du coronavirus dépasse les 250 cas sur 100.000 habitants, il reviendrait aux autorités locales de prendre des décisions.

Beniamino Morante décrit un sentiment de lassitude dans le pays, mais pas une révolte supérieure aux autres pays. Selon un sondage publié ce week-end par le quotidien Il Corriere della Sera, 44 % des Italiens seraient favorables à de nouvelles mesures. Ils étaient 30 %, il y a quinze jours.

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