Jean-Pierre Bacri, acteur, scénariste et dramaturge, est mort d’un cancer à l’âge de 69 ans

Article publié sur lemonde.fr

Connu pour son association avec Agnès Jaoui, le comédien a tourné dans de nombreux classiques : « Didier », « Mes meilleurs copains » ou encore « Le Goût des autres ».

Jean Pierre Bacri en 2012. PHILIPPE QAISSE / PASCO

Jean-Pierre Bacri, acteur,scénariste et dramaturge, est mort, lundi 18 janvier, des suites d’un cancer à l’âge de 69 ans, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de son agente, Anne Alvares Correa. Figure du théâtre et du cinéma français, il occupait une place de choix auprès du public pour ses rôles d’antihéros râleurs et désabusés mais profondément humains.

Jean-Pierre Bacri a été plusieurs fois récompensé comme acteur, mais aussi comme scénariste. Il a ainsi reçu cinq César : quatre fois le trophée du meilleur scénario avec Agnès Jaoui (pour Smoking/No SmokingUn air de familleOn connaît la chanson et Le Goût des autres) et une fois celui du meilleur acteur pour un second rôle dans On connaît la chanson.Il a été nommé six fois pour le César du meilleur acteur (pour Kennedy et moiLe Goût des autresLes SentimentsCherchez HortenseLa Vie très privée de Monsieur Sim et Le Sens de la fête).

Parfois catalogué comme l’acteur d’un seul rôle, celui de l’éternel bougon, il détestait pourtant qu’on lui colle « cette étiquette » : « Je ne joue pas toujours des personnages râleurs ! », s’était emporté l’acteur en 2015 auprès de l’AFP. Pour Bacri, qui n’aimait pas les héros et « ne cro[yait] pas aux types éclatants de bonheur »« traquer le vécu, la sobriété, la pudeur » et « refuser la tricherie » étaient une profession de foi. Dans les rôles qu’il choisissait, ou ceux qu’il écrivait avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri pourfendait le sectarisme culturel, le conformisme, les chapelles, la servilité…

« Un balayeur et un président, c’est la même chose »

C’est son père qui lui avait transmis cette morale, lors de son enfance à Castiglione (Algérie), où il naît le 24 mai 1951. Facteur, il travaillait le week-end dans le cinéma de la ville et avait fait découvrir le 7e art à son fils.

En 1962, la famille émigre à Cannes, où Jean-Pierre Bacri entreprend des études de lettres. Il « monte » à Paris à l’âge de 23 ans, et son destin bascule lorsqu’il entre dans un cours d’art dramatique : « J’ai découvert les textes, la littérature, l’envie de lire, lire, lire, et de jouer des personnages avec empathie, racontait-il au Monde en 2003. Mon père, facteur, m’a toujours seriné qu’un balayeur et un président de la République, c’était la même chose. J’ai à cœur d’appliquer cette morale-là dans mon travail. »

Du théâtre, il passe au cinéma. En 1979, il joue son premier rôle au cinéma dans Le Toubib, mais c’est sa prestation de proxénète dans Le Grand Pardon d’Alexandre Arcady, en 1981, qui le fait connaître du grand public. Il rencontre Agnès Jaoui au théâtre en 1987, son « second déclic ».

Humour acide et don d’observation

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri le 22 mai 2004. PASCAL GUYOT / AFP

Très vite, les « Jacri » – comme les surnommait Resnais – mettent en commun leur humour acide et leur don d’observation pour écrire à quatre mains. Leur première pièce, Cuisine et Dépendances (1992), est un succès vite adapté au cinéma, tout comme Un air de famille (1996). Alain Resnais fait appel à eux pour les scénarios de Smoking/NoSmoking (1993) et On connaît la chanson (1997). Puis Agnès Jaoui passe derrière la caméra pour Le Goût des autres (2000).

Proche collaborateur d’Alain Chabat, il participe au script de la grosse production Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre et se charge de la narration du film. Le film est un énorme succès de l’année 2002.

Très vite, les « Jacri » – comme les surnommait Resnais – mettent en commun leur humour acide et leur don d’observation pour écrire à quatre mains. Leur première pièce, Cuisine et Dépendances (1992), est un succès vite adapté au cinéma, tout comme Un air de famille (1996). Alain Resnais fait appel à eux pour les scénarios de Smoking/NoSmoking (1993) et On connaît la chanson (1997). Puis Agnès Jaoui passe derrière la caméra pour Le Goût des autres (2000).

Proche collaborateur d’Alain Chabat, il participe au script de la grosse production Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre et se charge de la narration du film. Le film est un énorme succès de l’année 2002.

Dans une interview publiée par Le Monde dimanche 17 janvier, Agnès Jaoui racontait qu’elle « ne serai[t] pas arrivée là, bien sûr, si [elle] n’avai[t] pas rencontré Jean-Pierre Bacri » :

« Voilà quelqu’un qui exprimait ce que je ressentais sans même me l’être formulé ; qui avait des réflexions qui me percutaient, me soulageaient, témoignaient de valeurs communes, d’un rapport au bien et au mal que je partageais, avec une conviction qui m’émerveillait car elle était si singulière ! »

« Fais chier ! »

« Une immense tristesse, un immense acteur ! Fais chier »a lancé sur Twitter l’actrice Alexandra Lamy, empruntant au vocabulaire préféré des personnages de Bacri à l’écran. Ce dernier « n’était pas méprisant mais il était exaspéré par la bêtise humaine. Et n’ayant pas sa langue dans sa poche, il le montrait »a témoigné l’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob sur les réseaux sociaux, rappelant cette « voix catégorique et hésitante, tranchante et bègue, caressante et chantante ».

Qu’ils l’aient croisé ou non sur les plateaux, de nombreuses personnalités du cinéma lui ont rendu hommage, de Nathalie Baye (« Le génial, merveilleux Jean-Pierre Bacri nous a quittés… chagrin énorme… ») à Gilles Lellouche (« Immense immense immense tristesse »), en passant par Michèle Laroque (« J’ai du mal à imaginer le cinéma sans lui »). Christian Clavier, qui avait tourné Mes meilleurs copains (1989) avec lui, se souvient d’un « homme d’une grande culture et d’une grande intelligence ».

Pour la plupart des spectateurs, Bacri restera pour des rôles taillés sur mesure, comme celui du patron de café en gilet de laine sans manches d’Un air de famille. Et des répliques cultes : « C’est la majorité ! Laquelle d’abord ? Celle qui croyait que la Terre était plate ? Celle qui veut rétablir la peine de mort ?… Celle qui se met une plume dans le cul parce que c’est la mode ? Laquelle exactement ? », s’énervait son personnage, Georges, dans Cuisine et Dépendances.

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