Article publié sur https://france3-regions.franceinfo.fr/
Bien qu’épargnée par les flammes du mégafeu de Gironde, les stations balnéaires du département subissent une catastrophe économique avec une chute de fréquentation allant jusqu’à 70%. Face à des milliers d’annulations, les commerçants et hôteliers lancent un appel au « tourisme solidaire » pour tenter de sauver leur saison.
Le feu qui a touché la Gironde et déplacé 220 000 personnes a épargné de nombreuses stations balnéaires de la Gironde, dont Arcachon. Pourtant, la cité du sud du bassin comme ces dizaines de communes du littoral, déplore aujourd’hui une baisse de sa fréquentation conséquente.
Le coup d’arrêt d’une semaine a été brutal, au cœur de la saison estivale. Il s’agit en effet d’un moment crucial pour les professionnels du tourisme, qui espère le retour rapide des touristes dans la région.

« Il faut que les gens reviennent, sinon on va mourir »
« Dimanche et lundi derniers, c’était -60 ou -70 % de fréquentation », expose Annie Rabot, gérante du bar du Soleil, à Arcachon. Comme la plupart des commerces arcachonnais, son établissement fait la majorité de son chiffre d’affaires en juillet et août.
Malgré une « légère reprise » ces derniers jours, elle déplore une saison « très chaotique, difficile à gérer en termes de plannings et de stocks. On vit au jour le jour. » Une situation complexe directement liée à l’incendie girondin : leurs commerces n’ayant pas été touchés directement par les flammes, les patrons d’hôtels et de restaurants craignent de ne pas avoir droit à l’indemnisation des assurances pour perte d’exploitation.
Gilles Delepaux, directeur de Thalazur Arcachon, dresse un constat similaire : son institut de thalassothérapie a enregistré 370 annulations entre les 23 et 31 juillet, et 480 pour le mois d’août. Son hôtel de 214 chambres, lui n’est occupé qu’à 40 %. « C’est une situation complexe, mais on va garder le moral », estime-t-il. Le tourisme représente une part importante de l’économie girondine : 7% du PIB, plus de 40 000 emplois et 3,2 milliards d’euros de retombées directes, selon le Département.
« Il faut que les gens reviennent »
Pour se relever, les commerçants d’Arcachon ont choisi leur stratégie : dire aux touristes de revenir, et montrer que tout est rentré dans l’ordre. C’est ce que fait Sabrina Philipot, installée sur le marché : « Il faut que les gens reviennent, sinon on va mourir, annonce-t-elle. Ici, on ne sent aucune odeur (de fumée). On attend les clients, la seule chose pour nous faire vivre. » Mais ce message reste « compliqué à passer, parce qu’on est dans l’empathie pour ce qu’il se passe de l’autre côté du bassin », rappelle Gilles Delepaux.
« Arcachon s’est vidé parce qu’on a répété sur beaucoup de chaînes qu’il ne fallait pas aller en Gironde, regrette Annie Rabot. Il faut communiquer pour faire revenir les gens, et rassurer les touristes. » Dimanche dernier, alors que le feu n’était pas fixé, la préfète Sophie Brocas avait également recommandé aux touristes « d’envisager une autre destination ». Même discours du côté de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, afin de « laisser l’accès aux services de secours et ne pas engorger les voies de transports ». Des phrases qui ont sonné le glas de la saison, pour beaucoup de professionnels du tourisme.
On a l’impression de revivre la COVID.
Franck ChaumèsPrésident de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie en Gironde (UMIH)
Alors depuis l’annonce du feu fixé ce samedi, Franck Chaumès, président de la section girondine de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), appelle, au contraire, les touristes à venir dans le département. « Il faut que tous les offices de tourisme de Gironde sortent au plus vite des campagnes de communication », a-t-il insisté sur le plateau de France 3. Le syndicat a lui-même lancé une campagne en ce sens, baptisée « Ne nous abandonnez pas ! ».
« Tourisme solidaire »
Président de l’UMIH au niveau national, le chef Thierry Marx a lui aussi encouragé les touristes à passer par le sud-ouest, afin de « soutenir les professionnels dans cette région ». « Il y a encore des zones où on peut aller se baigner, se promener en respectant bien sûr les règles de sécurité », a-t-il indiqué au micro de France Inter ce samedi matin.
Un mot revient dans la bouche des professionnels du secteur : le « tourisme solidaire ». Les commerçants espèrent que les vacanciers reviendront pour soutenir le territoire, victime collatérale de l’incendie. « Un client avait annulé son séjour, il a fini par désannuler, raconte Gilles Delepaux. Il m’a dit qu’il voulait être solidaire de l’activité du bassin. » Dans ce même objectif, il imagine des entreprises qui organiseraient des séminaires sur le territoire en fin d’année, pour compenser la baisse d’activité de l’été.
Beaucoup de gens vont venir par solidarité.
Frédérique DugényDirectrice de l’Office de tourisme d’Arcachon
Du côté de l’office de tourisme, on redoute des fermetures d’entreprises. « La perte d’une semaine n’est pas le plus important. C’est surtout l’avenir qui nous inquiète, pour sauver l’économie locale. On ne remplacera pas les milliers de nuitées annulées, mais on espère garder une activité économique en août et au-delà », espère Frédérique Dugény, directrice du lieu. Cette dernière craint également une dégradation de « l’image et la notoriété » du bassin d’Arcachon, après ce deuxième incendie majeur en l’espace de quatre ans.
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