Covid-19 : un ingrédient présent dans le vin pourrait bloquer l’infection par le coronavirus. Mais pas le vin lui-même !

Article publié sur sciencesetavenir.fr

L’acide tannique est un polyphénol contenu dans le vin. Il se fixe au virus et l’empêcherait d’infecter nos cellules d’après une étude canadienne publiée le 27 février 2022… ce qui ne veut pas du tout dire que le vin pourrait protéger contre le virus !

On aurait envie d’y croire… En décembre 2020, une étude de l’Université médicale chinoise à Taïwan a montré que l’acide tannique, un polyphénol contenu dans le vin (responsable de ce côté tannique qu’on apprécie tant dans le rouge) pourrait empêcher l’entrée du coronavirus dans nos cellules ainsi que sa réplication. Rapidement, l’enthousiasme chez les amateurs de vin s’est envolé, avant d’être douché par les explications des experts, a l’instar du regretté Axel Kahn dans un article du 5 février 2021 dans le Parisien, qui dénonçait un raccourci trompeur. Mais une nouvelle étude amène désormais de l’eau à leur au moulin. Il s’agit d’une publication canadienne du 27 février 2022 dans le journal International journal of molecular sciences. Elle qui met en évidence que l’acide tannique pourrait aussi bloquer le virus et éviter qu’il s’accroche au récepteur ACE2 de nos cellules, évitant ainsi l’infection. Mais encore une fois, il s’agit de l’acide tannique, pas du vin !

L’acide tannique cible trois processus clés pour le virus

Comme montré précédemment, l’acide tannique bloquerait la protéase TMPRSS2 (nécessaire pour l’entrée du virus dans nos cellules) et la protéase virale 3-chymotrypsin like protease (3CLpro), nécessaire pour sa réplication. Mais cette nouvelle analyse ajoute un point essentiel : l’acide tannique se fixe à la région RBD (receptor-binding domain ou domaine d’accrochage au récepteur), une zone dans la protéine Spike qui reconnaît et s’accroche au récepteur ACE2 des cellules humaines. Ainsi, ce polyphénol empêcherait cette région RBD de se fixer à nos cellules, évitant l’infection.

C’est du moins ce que nous avons vu avec le RBD du variant Alpha, qui était le variant majoritaire à l’époque de l’étude, nous explique Charles Ramassamy, expert en antioxydants à l’Institut national de la recherche scientifique canadien (INRS) et auteur de l’étude. Ainsi, nous avons constaté que l’acide tannique peut agir pour éviter l’infection, mais aussi pour l’inhiber une fois qu’elle a commencé, en bloquant les protéases. Donc, cette molécule pourrait être utilisée de façon préventive et aussi comme antiviral, après l’infection. Mais tout cela reste à être confirmé.” Car cette étude est uniquement in vitro et n’a pas vraiment étudié l’effet de l’acide tannique sur des cellules infectées, et encore moins sur des modèles animaux.

Une molécule très peu toxique

N’empêche que ces résultats sont encourageants et méritent d’être vérifiés avec des études plus poussées. Car, si ces effets protecteurs se confirment, l’acide tannique deviendrait un vrai concurrent aux antiviraux disponibles actuellement contre le Sars-CoV-2, notamment grâce à sa très faible toxicité. “Il y a très peu d’effets secondaires répertoriés pour l’acide tannique, il est très peu toxique comparé aux antiviraux utilisés contre le Covid (comme le Molnupiravir de Merck qui pourrait présenter un risque de mutagenèse, ndlr), ajoute-t-il. Donc même à de fortes concentrations, l’acide tannique devrait avoir moins de risque.

Petit bonus : ce polyphénol a aussi un effet antioxydant qui pourrait être utile lors d’une infection par le coronavirus : “L’effet observé de l’acide tannique est directement dû à sa fixation sur la région RBD, ce n’est pas une conséquence de son action antioxydante. Ce qui veut dire que cet effet antioxydant serait un effet supplémentaire de l’acide tannique, qui pourrait aider à diminuer l’inflammation causée par l’infection, car on sait que le coronavirus cause un stress oxydatif.

Et non, ce n’est pas le vin qui va nous sauver du Covid-19

L’acide tannique a encore un long parcours devant lui avant de devenir une nouvelle arme contre le Covid-19, sachant que beaucoup de molécules qui semblent prometteuses dans les études in vitro s’avèrent inefficaces in vivo ou chez l’humain. Mais même si ces résultats positifs étaient confirmés, cela ne voudrait pas du tout dire que le vin serait protecteur contre le Covid : “Les quantités d’acide tannique contenues dans le vin sont beaucoup trop faibles pour avoir cet effet protecteur, il faudrait boire une dizaine de bouteilles de rouge par jour pour atteindre la bonne concentration !”, alerte-t-il. Il ne faut pas oublier que le vin est bien de l’alcool et ses conséquences ne sont pas forcément meilleures que celles d’une infection par le coronavirus.

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