Ukraine – Russie: comprendre la crise en 4 cartes

Article publié sur lesechos.fr

Vladimir Poutine a décidé de reconnaître l’indépendance des républiques séparatistes de l’est de l’Ukraine et d’envoyer une force de « maintien de la paix ». Une décision qui accentue les tensions dans ce pays historiquement tiraillé entre son attachement à la Russie et à l’Europe de l’Ouest. Explications en cartes.

La Russie revendique, pour des raisons historiques, un droit de regard sur la politique ukrainienne. (Reuters)

Dans la nuit de lundi à mardi, le sort d’une partie de l’Ukraine a basculé. Malgré tous les efforts diplomatiques, le président russe Vladimir Poutine a fait un pas de plus vers la guerre, en reconnaissant l’indépendance des républiques séparatistes de Donetsk et Louhansk , dans l’est du pays.

Une décision qui aggrave encore les tensions dans cette ex-république soviétique au passé chaotique. Explications en 4 cartes.

1. L’Ukraine, un pays à l’histoire morcelée

Il faut remonter quelques siècles en arrière pour découvrir à quel point l’histoire de l’Ukraine et celle de la Russie sont imbriquées. Kiev était, au IXe siècle, au centre du premier Etat slave baptisé la Rus’ de Kiev, fondé par une population venue de Scandinavie et se situant entre la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine actuelles. Au XIe siècle, cet Etat, également appelé la principauté de Kiev, était le plus grand d’Europe.

Mais celui-ci s’effondrera au XIIIe siècle avec l’invasion des Mongols. Au XIVe, le pays, morcelé, se retrouve alors soumis aux Lituano-polonais. Mais à la fin du XVIe siècle, des insurrections remettent en cause l’ordre établi par la Pologne. Les élites locales réclament l’aide de Moscou. Très vite, la protection russe se transforme en domination. En 1667, la Russie signe avec la Pologne le traité d’Androussovo qui partage l’Ukraine en deux : l’ouest dirigé par la Pologne et l’est par la Russie. Cette séparation correspond grossièrement au cours du fleuve Dniepr, qui prend sa source en Russie centrale et se jette dans la mer Noire. Vers la fin du XVIIIe siècle, l’Ukraine sera finalement intégrée à l’Empire russe sous le règne de Catherine II.

Le XXe siècle sera celui de la domination soviétique. En 1922, le pays fera partie intégrante de l’URSS. Il connaîtra les épisodes les plus sombres de son histoire : une famine orchestrée par Staline en 1933 puis une occupation nazie très dure à partir de 1941. L’indépendance de l’Ukraine, à laquelle est rattachée la Crimée, interviendra en 1991, à la chute de l’URSS.

Aujourd’hui, Vladimir Poutine fait référence à ces liens historiques entre les deux pays pour faire valoir son droit de regard sur la politique ukrainienne. « Nos liens spirituels, humains et civilisationnels se sont formés pendant des siècles […] Ensemble nous avons toujours été et serons bien plus forts et plus performants. Car nous sommes un seul peuple », soulignait-il dans une déclaration datant de juillet dernier.

2. Une division est-ouest très marquée

L’histoire morcelée de l’Ukraine explique les divergences fondamentales entre l’ouest du pays tourné vers l’Europe, et l’est tourné vers la Russie. L’est de l’Ukraine est passé très tôt sous domination russe, tandis que l’ouest a été dominé durant des siècles par des puissances européennes comme la Pologne. Cette division perdure aujourd’hui, avec une forte population russophone et orthodoxe dans l’est du pays et une population ukrainophone et catholique à l’ouest. Elle se retrouve dans les urnes, l’est soutenant les dirigeants pro-russes et l’ouest soutenant les pro-occidentaux.

En 2014, après la révolution pro-européenne de Maïdan qui avait abouti au départ du président pro-russe Viktor Ianoukovitch , des séparatistes de l’est du pays, dans le Donbass, se soulèvent contre le régime ukrainien. Ils obtiennent le soutien de Moscou qui rappelle que les 5 millions d’habitants de cette région, qui représente 7 % du territoire national ukrainien, sont très majoritairement russophones et ethniquement liés à la Russie. De cet affrontement, qui a fait 14.000 morts en 2014-2015, sont nées les républiques populaires de Louhansk et de Donetsk.

Les accords de Minsk, dont la Russie n’est pas signataire, étaient censés mettre fin à cette guerre. Mais ils n’ont jamais été vraiment appliqués. La reconnaissance de l’indépendance des deux entités du Donbass par Vladimir Poutine a fini de les enterrer. Avec cette reconnaissance, la Russie valide également la présence dans ces territoires « des unités militaires russes nécessaires au maintien de la paix dans la région ».

3. Un déploiement jugé inquiétant de l’Otan

La crise qui se déroule actuellement en Europe orientale dépasse largement le cadre des territoires indépendantistes de l’est de l’Ukraine. Au coeur des tensions se trouve la marche vers l’est de l’Otan , rendue possible par la chute de l’URSS en 1991.

Dès 1999, les Occidentaux ont étendu l’alliance Atlantique au-delà du rideau de fer en accueillant d’abord la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, puis en 2004, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. L’Albanie, la Croatie, le Monténégro et la Macédoine du Nord les ont rejoints à partir de 2009.

Moscou voit en ces extensions successives une menace existentielle et avance que des responsables occidentaux auraient promis à Mikhaïl Gorbatchev , en 1990, que l’Otan ne s’étendrait pas vers l’est. Le pays exige désormais la garantie écrite d’un non-élargissement de l’alliance Atlantique, notamment à l’Ukraine, qui a fait part de son souhait de la rejoindre, et à la Géorgie.

L’Otan pris au piège du conflit entre la Russie et l’Ukraine

La Russie demande également le retrait des forces permanentes de l’Otan des pays qui ont rejoint l’Alliance atlantique après 1997. Sans aller jusqu’à exiger l’annulation de l’adhésion des membres d’Europe orientale, elle veut s’assurer de ne pas avoir de troupes américaines non loin de ses frontières et demande le rapatriement des missiles américains déployés en Europe.

4. Le rêve d’une grande Russie

Avant le Donbass, Vladimir Poutine s’est emparé de la Crimée. L’opération s’est faite via un référendum en 2014 , rejeté par Kiev et les Occidentaux. A l’issue de ce vote, 96,6 % des habitants se sont prononcés pour un rattachement à la Russie. Mais au-delà de l’Ukraine, Vladimir Poutine redoute l’avancée des Occidentaux dans les ex-républiques soviétiques qui l’entourent. Cette avancée, politique ou militaire via l’Otan, va en effet à l’encontre de son objectif ultime : restaurer la grandeur de la Russie et son influence.

Cet objectif s’est traduit par l’implication de la Russie dans de nombreux conflits sur son territoire ou alentours. Ainsi, la guerre de Tchétchénie à son arrivée au pouvoir en 1999 devait réaffirmer son refus de laisser des territoires se séparer de la Russie. Moscou est aussi entré en conflit avec la Géorgie en 2008, voyant d’un mauvais oeil l’ambition de ce pays de rejoindre l’Otan et l’Union européenne. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont occupées par la Russie depuis cette date .

Moscou s’évertue aussi à soutenir depuis 1992 la Transnistrie, cette étroite bande de terre, de 45 km de large et de 450 km de long, coincée entre la Moldavie et l’Ukraine. Cette république autoproclamée, qui n’est pas reconnue par l’ONU, est en effet russophone. La Russie a également marqué de son influence le conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en 2020.

A la demande du Kazakhstan, des soldats russes sont aussi intervenus en ce début d’année pour mettre fin à des manifestations locales. Enfin, la Russie dispose d’une influence majeure en Biélorussie où dans le cadre du confit ukrainien, des manoeuvres militaires ont été effectuées.

Après la reconnaissance des territoires séparatistes ukrainiens, Vladimir Poutine a néanmoins tenu à rassurer la communauté internationale en assurant ne pas avoir l’intention de « reconstituer un empire ».

Hayat Gazzane, Anna Lippert et Jules Grandin

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