Le variant Omicron va-t-il nous conférer une super-immunité?

Article publié sur letemps.ch

La vague Omicron n’en finit pas de déferler sur la planète. Ce variant est si transmissible qu’il peut aussi bien infecter les personnes vaccinées que celles qui ne le sont pas, même s’il provoque des formes moins graves. Mais il semble bien qu’une stimulation répétée renforcerait notre système immunitaire. Le point en six questions

Omicron, BA.2, 3e dose… L’évolution de la pandémie laisse encore de nombreuses questions sans réponse. Tour d’horizon avec le précieux concours de Samira Fafi-Kremer, cheffe du Laboratoire de virologie médicale des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (France).

Je suis guéri d’un précédent covid mais je ne suis pas vacciné: ai-je plus de risques de contracter le variant Omicron qu’une personne vaccinée?

«On sait qu’Omicron peut infecter aussi bien des personnes ayant reçu deux doses de vaccin, deux doses et un rappel, que des personnes non vaccinées – que celles-ci aient déjà ou pas contracté le covid par le passé –, explique Samira Fafi-Kremer. On sait également que les personnes non vaccinées ont plus de risques de faire une forme grave même avec Omicron, même si celui-ci génère moins fréquemment d’évolutions sévères du Covid-19 que les variants précédents.»

Depuis l’arrivée du variant Omicron, un nombre grandissant de personnes bénéficient d’une immunité renforcée quand elles ont été infectées par le virus avant – ou après – avoir été vaccinées. Que sait-on de cette immunité dite hybride?

Plusieurs études récentes montrent effectivement que la combinaison infection-vaccination génère une bonne immunité, quel que soit l’ordre dans lequel elle survient. Ce sont encore des études très partielles, réalisées sur de petites cohortes de personnes. Mais elles semblent toutes aller dans la même direction, celle d’un renforcement de notre système immunitaire quand il a rencontré à la fois le vaccin et le virus. «Les vaccins nous immunisent contre une seule protéine, la protéine Spike, et nous permettent ainsi de contrôler la dissémination virale et d’empêcher une maladie grave. Une infection nous immunise contre la protéine Spike et d’autres protéines virales dont certaines subissent moins de mutations, mais avec le risque d’être gravement malade. La combinaison des deux permet de renforcer notre immunité de manière très complémentaire.»

C’est ce que confirmait, le 19 janvier dernier, une équipe américaine qui s’est penchée sur l’ensemble des composants du système immunitaire: les anticorps (qui préviennent l’infection) et les lymphocytes B (sur lesquels repose la mémoire immunitaire) d’un côté, mais aussi les lymphocytes T-CD4 + et l’interféron gamma (INg) qui participent à la lutte contre la maladie. Cette étude montre que lorsqu’on vaccine une personne qui a déjà contracté le covid, elle produira plus de ces composants que si elle est «naïve» (qui n’a jamais été infectée). «Même s’ils n’ont pas encore été publiés dans une revue, ces travaux de grande qualité montrent que le rappel vaccinal, la 3e dose, tend à réduire ces écarts entre les personnes naïves et non-naïves lors de la vaccination.»

Y a-t-il un intérêt à se contaminer sciemment avec un variant comme Omicron pour bénéficier de ce que certains appellent une «super-immunité»?

Si l’immunité est renforcée par la combinaison de la vaccination et de la maladie, elle ne rend pas invincible pour autant! «Le degré d’immunité conféré par la vaccination et/ou par la maladie varie considérablement d’une personne à une autre, rappelle Samira Fafi-Kremer. Il peut notamment arriver qu’on fabrique très peu d’anticorps, même après un rappel vaccinal. Il existera toujours un risque associé à la contamination, notamment si on est exposé à une dose importante de virus, car cette quantité est un facteur de gravité.»

Donc, avec une immunité hybride, pas question de baisser la garde et d’envisager de vivre «comme en 2019»?

«Non, pas tant que la circulation du virus restera importante. Il est vrai que l’ampleur de la vague Omicron donne l’espoir qu’on finira par atteindre une immunité collective suffisante pour que le SARS-CoV-2 devienne un virus banal comme l’est devenu l’OC43 qui donne aujourd’hui un rhume. Mais on ne sait jamais à l’avance quel virus on risque de rencontrer, par exemple un variant capable de résister à cette immunité renforcée.» L’OC43 est un coronavirus de la même sous-famille que le SARS-CoV-2, qui a provoqué, à la fin du XIXe siècle, ce que l’on a improprement baptisé «grippe russe». Une pandémie qui avait tué plus d’un million de personnes dans le monde. «Aujourd’hui, c’est devenu un agent de rhume banal, précise Samira Fafi-Kremer. Mais on voit parfois des personnes fragiles arriver en réanimation à cause de ce virus.»

Au Danemark, le variant BA.2, une évolution d’Omicron, a rapidement supplanté ce dernier. Peut-on imaginer qu’il nous infecte après qu’on a été contaminé par Omicron?

Ces deux virus partagent 21 mutations par rapport au variant initial du SARS-CoV-2. Mais le BA.2 possède six changements supplémentaires. «On ne sait pas encore quelles peuvent en être les conséquences, si ce n’est qu’il est fortement transmissible, vu la vitesse à laquelle il s’est répandu au Danemark. Il y a eu des gens qui ont été infectés par Omicron trois semaines après avoir été malades du variant Delta. Donc on ne peut exclure que BA.2 infecte des personnes qui ont contracté Omicron, même si cela paraît peu probable.»

On sait que le virus peut encore être détectable, par PCR, après qu’on a guéri du Covid-19. Un test positif trois ou quatre semaines après est-il un vestige de cette infection ou le signe d’une nouvelle?

«Chez les personnes immuno-compétentes [douées d’une bonne immunité, ndlr], on sait désormais qu’il n’y a plus de virus après 10 à 15 jours au maximum, précise Samira Fafi-Kremer. Donc un PCR positif avec une charge virale élevée doit laisser penser à une nouvelle infection. En revanche, chez les personnes qui suivent un traitement immunosuppresseur après une greffe ou immunodéprimées par une maladie comme le sida, on peut retrouver du virus des mois après l’infection.»

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