Dix albums coups de coeur de 2021

Article publié sur la-croix.com

La Croix présente dix disques remarquables de l’année 2021. À découvrir ou à redécouvrir sans modération chez les disquaires ou en streaming.

 « Wake Up Calls » de Cosmo Sheldrake (Tardigrade Records)

Compositeur et anthropologue anglais, Cosmo Sheldrake crée une pop luxuriante et inspirée à partir de chants d’oiseaux enregistrés dans leur habitat naturel. Dans sa filiation avec Benjamin Britten, dont il reprend Cuckoo Song, il compose une symphonie de la nature en danger.

Un engoulevent rejoint par une mélodie délicate ; les trilles d’un rossignol à la fin de la nuit ; la rivalité symphonique entre coucous et fauvettes, alouettes et passereaux dans le chœur de l’aube ; le cri du hibou… Sa musique, mélodieuse et exubérante, est magnifique.

« Women Mind of My Own »de Natalia M. King (Dixiefrog)

Sa tessiture grave ponctuée de flambées vocales incandescentes est faite pour le blues, le vrai, celui qui râpe l’âme et la console. Un chant qui élève et qui promet, remuant au plus profond des émotions franches et pures. La chanteuse américaine Natalia M. King le porte haut, comme une liberté conquise.

Héritière de Bessie Smith et de Billie Holiday, elle laisse s’épanouir sa voix sur des pépites, dont Pink Houses de John ’’Cougar’’ Mellencamp avec le vétéran Elliott Murphy, Lover avec le Néo-Zélandais Grant Haua, les ballades So Far Away ou Forget Yourself, et le mystique chant d’amour Sunrise to Sunset.

 « Cimetière créole »de Bonbon Vodou (Heavenly Sweetness/Idol)

Oriane Lacaille et JereM, alias Bonbon Vodou, enchantent avec un disque pétillant et tendre, célébrant la joie de vivre et de danser. « T’as le pied dans la tombe ? » , interroge-t-elle. « T’as qu’à danser de l’autre ! » , riposte-t-il. « Si un jour on est morts/On aura dansé ! », proclament-ils en cadence. Les deux jeunes artistes créent une sensation pop nouvelle, avec entrain, un beau mélange de timbres, et beaucoup de percussions en soutien des guitares.

« Varka » de Dafné Kritharas (Lior Éditions)

Née d’un père grec et d’une mère française, Dafné Kritharas donne un souffle nouveau à des chants d’exilés nés sous l’Empire ottoman. Rebetiko grec, complaintes judéo-espagnoles, chants traditionnels séfarades, bosniaques, arméniens, turcs… Son timbre pur envoûte en chantant la mer, les villages quittés, un monde perdu.

Ses chansons invitent à la transe (Preza Otan Pieis), ouvrent des horizons spirituels (Mystika Pos S’Agapo), célèbrent la romance (La Komida La Manyana). Entre complainte et prière, l’émouvant Thalassaki Mou, venu des îles Égéennes, lui permet de déployer sa voix forte et claire, pour un son riche, subtil et puissant.

« Palais d’argile » de Feu! Chatterton (Universo Em Fogo/Caroline)

Des paroles poétiques, de la musique qui secoue, une forte présence sur scène… Feu! Chatterton, groupe phare du rock françaischante notre époque avec vitalité et romantisme. Palais d’argile, leur sensationnel troisième album est le disque le plus tonique d’une année morose.

Écriture magnifique, puissance rock : ceux qui ont aimé Ici le jour et L’Oiseleur retrouveront le groupe français qu’ils connaissent, comme amplifiégrâce à leur nouveau producteur, Arnaud Rebotini. Monde nouveau, Cristaux liquides, Écran total… à ces tubes modernistes s’ajoutent un splendide Cantique et Avant qu’il n’y ait le monde, d’après un poème de Yeats traduit par Yves Bonnefoy, d’un romantisme frissonnant.

« Tempo » de Dom La Nena (Six Degrees Records/InGrooves)

Sous la simplicité travaillée de ses titres affleure une radieuse mélancolie. Violoncelliste virtuose et chanteuse à la voix cristalline, Dom La Nena compose une pop aérienne qui décline les harmonies mêmes de la vie. Son Tempo est le disque heureux d’une jeune mère de 31 ans, cultivant les moments précieux, sans en oublier la brièveté, comme le chante Todo Tiene su Fin, en écho à All Things Must Pass de George Harrison.

L’aventure Birds on a Wire avec Rosemary Standley a affûté la voix de Dom La Nena qu’elle porte haut sur Quien Podra Saberlo, en duo avec la Mexicaine Julieta Venegas. Et quand elle chante pour sa fillette une comptine, Doux de rêver, le bonheur s’installe, tout simplement.

« L.I.T.A.N.I.E.S » de Nick Cave et Nicholas Lens (Deutsche Grammophon)

Le compositeur belge Nicholas Lens et le rocker australien Nick Cave ont conçu en confinement douze litanies inspirées par la Passion du Christ. Entre pop minimaliste et néoclassicisme, une musique envoûtante et méditative. Contant la naissance, l’épanouissement, l’agonie et la résurrection d’un être humain, ces litanies impressionnent par leur minimalisme et leur puissance évocatrice.

Des sons graves aux résonances amples donnent à la musique une assise d’une grande pureté. Chacune des invocations débute par un coup de gong, marquant les heures du jour ou les moments d’une vie. Des temps de silence s’intercalent pour accompagner la méditation. Le son, d’une netteté impeccable, régale les oreilles et laisse s’épanouir voix et paroles.

« Outside Child » d’Allison Russell (Concord/Fantasy Records)

La chanteuse, poètesse, compositrice et multi-instrumentiste québécoise Allison Russell exorcise dans Outside Child une terrible blessure. Passant du français à l’anglais, elle chante le conte cruel d’une fillette abusée par son beau-père et d’une mère s’obstinant dans le déni. Des années plus tard, sauvée par la musique, mère avec son compagnon musicien d’une petite Ida, elle se libère de son histoire en la partageant.

Sa voix éclatante, la justesse de ses mots et l’ampleur de ses compositions font éclore un chant libérateur et joyeux. Entre folk, soul et gospel, Allison Russell chante des prières (4th Day Prayer), rêve à une île mythique (Hy-Brasil) et renaît dans un chant cathartique et libérateur.

« Laurel Canyon » d’Arman Méliès (Royal Bourbon/Bellevue Music)

Laurel Canyon, d’Arman Méliès, transporte vers un ailleurs sauvage d’autant plus flamboyant qu’imaginaire. Avec un lyrisme enfiévré et un puissant tempo rock, l’auteur-compositeur-interprète ressuscite un Ouest américain fantasmé.

Secoué de guitares, scandé de batteries, au verbe puissant, à la voix s’ouvrant jusqu’à l’incantation, Laurel Canyon apporte de l’air. Son lyrisme évoque Alain Bashung, pour qui le musicien a écrit Tant de nuits. Autre figure tutélaire, Ennio Morricone inspire de son souffle et de sa puissance évocatrice cette épopée folk-rock. Au son de cordes déchaînées, Météores en duo avec Hubert-Félix Thiéfaine chante l’errance mystique de « légions de mendiants couverts d’or/Par milliers rêveurs homériques ».

« Icare » d’Emily Loizeau (Les éditions de la dernière pluie/Sony Music)

Avec une énergie libérée, Emily Loizeau chante dans Icare le chaos du monde pour un rock en français sous influences anglo-saxonnes, enregistré sous la houlette du britannique John Parish, le démiurge de PJ Harvey.

Une énergie tellurique se dégage de son titre phare, Danser sur un volcan. L’autrice, compositrice et interprète reprend Girl from the North Country de Bob Dylan, transformé en Celle qui vit vers le sud, une ballade engagée et sensibleDe sa voix mélodieuse, Emily Loizeau s’interroge dans Le Poids de l’existence. « Se pourrait-il qu’un jour la beauté nous rassemble et nous emporte si haut qu’elle nous métamorphose ? »

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