Eurockéennes de Belfort : le festival “contraint à l’annulation”, en raison de la Covid-19

Article publié sur estrepublicain.fr

C’est la mort dans l’âme que l’équipe des Eurockéennes de Belfort a annoncé l’annulation de l’édition 2021, douchant ainsi définitivement les espoirs du début d’année. Le directeur du festival, Jean-Paul Roland, revient sur tout ce qui a rendu inéluctable cette décision.

“On ne veut pas transformer les festivaliers en spectateurs”, rappelait encore le directeur des Eurockéennes de Belfort. Photo ER / Lionel VADAM

Les Eurockéennes 2021 sont annulées. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

« On a l’impression de ne pas avoir avancé d’un pouce depuis plus d’un an. Les discussions que l’on a eues avec la ministre ne nous laissent aucun espoir. C’est pour cela que nous parlons d’espoir déçu. Les demandes qu’on a faites pour ne pas avoir à annuler si précocement n’ont pas été entendues. On a demandé un fonds de garantie assurantiel qui nous permette de continuer et que si nous devions annuler, nous aurions une assurance couvrant les frais engagés. Contrairement à d’autres pays, cela n’a pas été fait. »

Une édition en mode dégradée était donc impossible ?

« Nous avions fait une projection d’une version dégradée. Le résultat pour une édition sur trois jours fait état de 866 000 euros de pertes, avec par exemple un gradin à plus de 100 000 euros. Et cette projection ne tient pas compte des frais de structure, des loyers, des salaires, des assurances : là, il faut rajouter entre 600 000 et 700 000 euros. La question est donc : est-ce qu’il vaut mieux sauver la structure ou perdre de l’argent sur une jauge dégradée dont on ne connaît pour l’heure ni précisément les contours, ni la date du calendrier ? Si l’on veut construire une édition dégradée, il faut que notre équipe sorte de l’activité partielle et que nous embauchions des régisseurs, des préventionnistes des risques. L’équation est impossible à résoudre. Une fois qu’on a compris cela, il est apparu qu’il valait mieux sauver la structure. »

Doit-on comprendre que dès le 18 février et l’annonce d’un cadre contraint, c’était plié ?

« Les effets des annonces du 18 février , on les a sentis direct. Nous vendions alors entre 600 et 700 billets hebdomadaires. On est tombé à dix. En disant qu’il faut sauver les festivals, mais en donnant ce carcan-là, le ministère a lancé un signe à toutes les parties : festivaliers, partenaires, ticketteurs et artistes. La décision d’annulation devenait de plus en plus urgente. On avait déjà le pied sur le frein mais il nous fallait arrêter le moteur. »

D’autant plus qu’à travers votre consultation , les festivaliers ne se disaient pas prêts à tout pour venir.

«  Les festivaliers ont dit qu’ils ne viendraient pas à n’importe quel prix. Comprendre : ce n’est pas parce qu’on propose 5 000 places avec n’importe quel artiste que tout le monde vient, qu’il soit public ou mécène. Le principe d’annulation acté par notre conseil d’administration s’est basé sur les chiffres mais aussi sur la garantie de sauver l’esprit du festival. On ne veut pas transformer les festivaliers en spectateurs. C’est d’autant plus dur pour les jeunes car les Eurockéennes sont un moment important. On l’a vu dans les très nombreux messages lors de l’annulation de l’an dernier, de la place que tient le festival dans la vie des gens. »

Vous avez été proactifs dans la réalisation de protocoles et on a l’impression que vous n’avez pas été entendus ?

« Il y a deux logiques qui s’affrontaient mais qui se rejoignaient dans l’idée de l’urgence d’une réponse. L’urgence, c’est ce que demandaient les organisateurs et ce que souhaitait le ministère. Sauf que ce dernier était dans la logique « N’annulez pas, on va vous donner les moyens de continuer ». Mais les solutions proposées ne convenaient pas aux organisateurs parce que le calendrier était bien trop lâche et les compensations ne correspondaient pas. Même des festivals qui étaient d’accord avec la ministre voient au final que le compte n’y est pas. À la fin, on se demande si nous n’étions pas dans une grande opération de communication ministérielle pour annoncer une saison des festivals déjà sauvée. Mais vu les annonces d’annulation, je ne suis pas sûr que cela corresponde à l’objectif. »

On vous sent en colère…

« Il y a une rage contenue car on a l’impression qu’on aurait pu, par des directives, continuer à y croire. Est-ce que c’était reculer pour mieux sauter ? Je ne sais pas. C’est le fait de devoir décider maintenant qui nous met en rage. On nous contraint à l’annulation. »

Le travail auquel vous participez autour du concert test va-t-il se poursuivre malgré les annulations en série ?

« Oui. On est beaucoup dans ce projet. Cette affaire aura des incidences sur la filière. Plus la filière pourra reprendre rapidement, plus nous pourrons reprendre rapidement. Tout est sur la table, le protocole est écrit. C’est prévu pour l’instant le 29 avril à l’Accor Arena à Paris. Et que cela serve de modèle pour les décideurs. »

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