La fascinante aventure de Champollion et des hiéroglyphes au coeur d’une exposition à Paris

Article publié sur geo.fr

Jusqu’au 24 juillet 2022, la Bibliothèque nationale de France (BnF) propose une exposition qui revient sur le destin de Jean-François Champollion et le travail exceptionnel qu’il a réalisé pour déchiffrer les hiéroglyphes, donnant par là-même naissance à l’égyptologie.

C’était en 1822. Alors qu’il était âgé d’à peine 32 ans, Jean-François Champollion dévoilait au grand jour la clé pour déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens. Le fruit d’un travail méticuleux qu’il avait entamé quelques années plus tôt grâce à la découverte en Egypte d’une pièce exceptionnelle : la fameuse pierre de Rosette.

C’est cette fascinante aventure que la Bibliothèque nationale de France, située à Paris, propose de (re)découvrir à travers une nouvelle exposition ouverte depuis le 12 avril. Intitulée “L’aventure Champollion – Dans le secret des hiéroglyphes“, elle plonge le visiteur dans l’énigme de l’écriture égyptienne et met en lumière le père de l’égyptologie ainsi que les recherches qui l’ont mené à percer ses secrets.

Avant Champollion, “les hiéroglyphes étaient considérés comme des symboles païens, magiques à la signification obscure”, explique Hélène Virenque. Cette égyptologue de la BnF est l’une des trois co-commissaires de l’exposition. Elles ont passé trois mois à explorer les collections de la Bibliothèque qui recèle des pièces uniques sur le travail de Champollion.

Des papiers conservés depuis le XIXe siècle

Des pièces provenant du spécialiste lui-même. Après sa mort en 1832, son frère Jacques-Joseph, dit Champollion-Figeac, dont il était très proche a en effet insisté pour faire acheter les papiers de son cadet. Ces derniers ont alors été reliés en 88 volumes et sont depuis conservés dans le département des Manuscrits de la Bibliothèque.

L’ensemble très complet comprend des notes, des manuscrits, des dessins, des calques… Autant de documents qui donnent un remarquable aperçu de la façon dont l’homme, aussi curieux que rigoureux, travaillait. Et la façon dont il a, pas à pas, réussi à mettre au point son système de déchiffrement et à l’éprouver sur de multiples inscriptions.

C’est justement cette démarche qui a inspiré le parcours de l’exposition. “Nous avons choisi de l’organiser de façon thématique et non pas chronologique“, précise Hélène Virenque. La première des trois sections entre ainsi directement dans le vif du sujet en présentant la célèbre Lettre à M. Dacier dévoilée le 27 septembre 1822.

C’est à travers ce document adressé au secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres que le savant a exposé le fruit de sa réflexion et de ses recherches. Quelques mètres plus loin, c’est une autre pièce maîtresse qui s’offre au regard : un moulage de la pierre de Rosette retrouvée en 1799 dans la ville éponyme située dans le delta du Nil.

Sur ce fragment est inscrit un décret royal publié en 196 avant J.-C. Sa particularité exceptionnelle est qu’il est inscrit en trois écritures : en hiéroglyphe, en démotique – écriture simplifiée de l’ancien égyptien -, et en grec ancien. Un texte triple qui a permis à Champollion – bien qu’il ne semble avoir travaillé qu’à partir d’estampages de la pierre – de comprendre le fonctionnement des mystérieux symboles.

Les hiéroglyphes égyptiens forment en réalité une combinaison complexe où les signes ne sont pas que de simples idéogrammes. Ils peuvent aussi constituer des sons ou des signes muets en fonction de leur position et du contexte dans lequel ils se trouvent. C’est notamment à partir de sa connaissance de la langue copte que l’égyptologue est parvenu à décrypter ce système d’écriture.

Car Champollion était loin d’être un novice en matière de langues et d’alphabets. Dès ses jeunes années, le passionné avait appris à en maîtriser des dizaines : le latin, le grec mais aussi les runes, le gaulois, l’arabe, le phénicien, le chinois et “même les hiéroglyphes mexicains” – l’une des surprises de leurs trois mois de recherches -, explique Hélène Virenque.

Nouvelle lumière sur une civilisation

Après sa lettre de 1822, l’homme, soucieux de transmettre ses découvertes, a commencé à rédiger ce qui deviendra plus tard sa Grammaire égyptienne. Dans l’exposition, on peut d’ailleurs en scruter les pages recouvertes de notes manuscrites et de reproductions de hiéroglyphes, élucidant la signification de signes et de cartouches entiers.

Comme le parcours aide à le découvrir, Champollion ne s’est toutefois pas contenté de faire le traducteur. A travers son déchiffrement de l’écriture, c’est une fenêtre entière qu’il a ouverte sur la civilisation égyptienne qui demeurait alors méconnue. Outre la grammaire, il s’est également appliqué à mettre en lumière le panthéon égyptien et une chronologie des pharaons.

Statuettes de bronze de dieux et déesses de l’Egypte antique – BnF, département des Monnaies, médailles et antiques.  © BnF

Toutes ces recherches ont permis de “comprendre cette civilisation à partir de ses propres sources. C’est vraiment la fondation de l’égyptologie“, éclaire la spécialiste. Mais l’exposition s’intéresse aussi à d’autres aspects fascinants comme les méthodes employées au fil du temps pour capter puis reproduire les signes.

Après une série de photographies d’expédition en Egypte datant du XIXe siècle, une vitrine donne ainsi à voir comment les progrès en matière d’imprimerie ont conduit à la mise au point d’une fonte hiéroglyphique capable de restituer les signes et de décupler la publication des recueils. Favorisant logiquement l’étude des caractères.

Des textes et des trésors

La naissance de l’égyptologie, c’est aussi l’apparition des premiers trésors antiques dans les collections des musées dont celui du Louvre où Champollion a créé en 1826 la première “division des monuments égyptiens”. Un héritage que le parcours met aussi en lumière à travers plusieurs pièces dont le sarcophage intérieur de Tanethéréret prêté par le Louvre pour l’événement.

Autre trésor à scruter : le papyrus Prisse – baptisé en référence à son découvreur, l’égyptologue Emile Prisse d’Avennes – qui constitue le texte le plus ancien et le plus complet conservé au monde. Faisant toujours l’objet de recherches, il remonterait au Moyen Empire, soit environ 1800 avant J.-C.

Si le père de l’égyptologie est mort jeune, à 41 ans, et a laissé derrière lui de nombreux travaux inachevés, ses efforts lui ont valu une reconnaissance internationale et ont fourni une contribution exceptionnelle aux connaissances sur l’Egypte antique. Une civilisation qui continue aujourd’hui de fasciner et d’inspirer, y compris des œuvres de fiction, comme en témoigne le parcours.

L’exposition, qui totalise quelque 350 pièces ainsi que des animations et des vidéos pour un public familial, s’inscrit dans l’année Champollion décrétée pour célébrer le bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes. Elle est accompagnée d’une programmation de colloque, de rencontres et de conférences à découvrir jusqu’à juin 2022.

>> L’exposition “L’aventure Champollion – Dans le secret des hiéroglyphes” se tient à la Bibliothèque nationale de France – François Mitterrand, Paris 13e, du 12 avril au 24 juillet 2022.

One comment

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s