Cadeaux de Noël : dix bonnes idées de livres à offrir en dernière minute

Article publié sur lexpress.fr

Au diable bonbons et fleurs, vive les livres ! Souvent à petit prix, toujours divertissants, qu’ils parlent de New York, d’huîtres, de fratrie, d’éditeur, de trompettiste, de mots d’esprit ou encore de Tokyo, bienvenue dans notre cabinet de curiosités.

Un délicieux précis sur l’huître @Dalva

New York aller et retour  

Un inédit de Depardon en format poche (soit à petit prix) ! Difficile de passer à côté du maître, qui a arpenté la Grosse Pomme depuis des lustres. Envoyé spécial de Libération en 1981, il envoie chaque matin, un mois durant, un cliché en noir et blanc, témoin de ses pérégrinations ; puis il retournera, souvent, outre-Atlantique, attiré par la verticalité de la cité américaine. Photographe de rue, il capte Times Square, Broadway, Rockefeller Center, Wall Street, Harlem et ses enfants jouant à la marelle et ses pompiers tentant d’éteindre un feu, mais aussi les toilettes femmes d’un grand hôtel, la quiétude de Central Park, des amoureux à Coney Island… Une belle balade dans le temps. 

Sa majesté l’huître 

On ne l’a pas vraiment lu, mais on adore le titre, Biographie sentimentale de l’Huître, et l’ouvrage présente beau (couverture cartonnée, papier bien grammé, illustrations raffinées de Jeanne Detallante, maquette léchée). En outre, son auteure, l’Américaine M. F. K. Fisher (1908-1992), fut encensée par Jim Harrison, John Updike et David Foster Wallace. Autant de bonnes raisons pour découvrir ce classique d’outre-Atlantique (depuis 1941) tout juste publié en France. Hymne au mollusque bivalve émaillé de recettes, le bréviaire de la pasionaria magnifie la préparation et la dégustation de ce mets étrange. A offrir à ses adorateurs et aux amoureux de poésie culinaire. 

Biographie sentimentale de l’Huître, par M. F. K. Fisher, trad. De l’américain par Jacqueline Henry et Béatrice Vierne. Dalva, 220 p., 24 €. 

Esprit, es-tu là ? 

L’ouvrage commence par un avertissement. Surtout ne pas confondre “mots d’esprit” et “mots d’humour”. Si ces seconds sont volontaires, les premiers sont “le résultat d’un mécanisme savant activé par notre inconscient”, comme l’expliquait Freud, repris ici par Jean-Loup Chiflet, auteur bien connu de tous les amoureux de la langue et inlassable scrutateur de ses richesses. Dans ce Bouquin des mots d’esprit, il s’en donne à coeur joie, recensant les répartis de nos plus prosateurs les plus caustiques, de “a” (adultère, âge, alcool, amour, animaux…) à “v” (vacances, vérité, vie…) Alors, on ouvre le livre au hasard et on tombe, à la rubrique “homme”, sur Dorothy Parker : “Mesdames, un conseil : si vous cherchez un homme beau, riche et intelligent… prenez en trois !” ; à la rubrique “maison” sur Georges Wolinski : “Il faut améliorer la condition féminine. Les cuisines sont trop petites, les éviers trop bas et la queue des casseroles est mal isolée.” ; et à celle des “métiers” sur Philippe Geluck : “Chez les pompiers on dit : “Qui trop embrase, mal éteint.””, ou sur Woody Allen : “Non seulement Dieu n’existe pas mais en plus il est impossible de trouver un plombier le dimanche.” Et ainsi de suite… 

Le Bouquin des mots d’esprit, par Jean-Loup Chiflet. Bouquins, 1010 p., 30 €. 

Le prince de l’improvisation 

Il n’est ni coach ni apôtre du développement personnel, mais sa philosophie de vie devrait en inspirer plus d’un. “Faites ce que vous voulez !” : le leitmotive du trompettiste Ibrahim Maalouf peut sembler primaire, mais il n’en est rien. Au contraire. Avec Petite philosophie de l’improvisation, son premier livre, l’instrumentiste et compositeur, né à Beyrouth en 1980, démontre combien, au-delà même de la musique, l’improvisation sert de tremplin à une meilleure connaissance de soi et au dépassement. Ce père de deux enfants (et neveu de l’écrivain Amin Maalouf), inlassable militant de l’intégration de la discipline dans les conservatoires, “balise” la multitude de chemins buissonniers permettant de s’adapter au monde avec souplesse et sans peur. Pour cela, il s’appuie, entre autres, sur ses pratiques musicales mais aussi sur son propre destin de Franco-Libanais, très tôt condamné à l’exil. De l’art de sortir de sa zone de confort. 

Petite philosophie de l’improvisation, par Ibrahim Maalouf. Equateurs/Mister Ibé, 250 p., 18 €. 

Le géant des lettres 

Le 13 mars 2021 restera pour beaucoup une triste date sinistre, celle de la mort, à l’âge de 90 ans, d’un grand éditeur, Jean-Claude Fasquelle, qui présida aux destinées de la maison Grasset, en tant que directeur puis PDG, de 1959, jusqu’en 2000. C’est dire combien il marqua de son empreinte le monde de l’édition de la seconde partie du XXe siècle. 27 personnalités, liées à sa maison, lui rendent aujourd’hui hommage dans un recueil qui rappelle la stature de commandeur de l’éditeur de la rue des Saints-Pères. “Aventurier de l’esprit doublé d’un capitaine d’industrie (Laure Adler), “chêne, rassurant et protecteur” (Dominique Bona), “un Guépard (…), lent et véloce à la fois” (Manuel Carcassonne), “grand bourgeois cabochard” (Laurent Chalumeau), “un faux cynique et un vrai joyeux” (Virginie Despentes), “géant de granit poli au pur malt” (Marc Lambron), “un éditeur de cap et d’épée” (Bernard-Henri Lévy)… Au fil des chroniques se dessine le portrait du grand silencieux, imposant, flamboyant. Tous disent, comme Pascal Bruckner, Christophe Donner, Dominique Fernandez ou Virginie Despentes, la générosité de l’homme qui avait “l’argent gai”. De Nickie, sa femme adorée, morte du Covid en avril 2020, il en est aussi beaucoup question, tant le couple, aussi hédoniste qu’hospitalier, fut inséparable. 

Jean-Claude Fasquelle. Portraits de l’éditeur en artiste, collectif. Grasset, 208 p., 15 €. 

Déambulations 

Il n’aime guère notre époque avec son “puritanisme phobique” et ses talibans anti-sourire, a toujours eu horreur de la mode, et s’est depuis des lustres consacré, sur le mode de l’humour, à l‘homo sapiens et à l’air du temps, qu’il capte à merveille avec les mots les plus justes. Lire les courts textes de Jacques A. Bertrand est toujours un bonheur. La bise, un bébé, les disparus volontaires, une voyante en pleurs, tout est prétexte ici à miscellanées malicieuses et un rien mélancoliques, comme le souligne le titre de ce bref ouvrage, Dernier Cri avec post-scriptum. 

Dernier Cri avec post-scriptum, par Jacques A. Bertrand. Mialet-Barrault Editeurs, 128 p., 16 €. 

Au bout du monde 

Vous avez des fourmis dans les jambes, et toutes les frontières ne sont pas ouvertes. En guise de voyage, ouvrez le récit de Cédric Gras sur Vladivostok, republié dix ans après sa parution chez Phébus dans la très jolie collection de poche de Libella, Libretto. Géographe de formation, extrémiste par tempérament (c’était lui, le compagnon de side-car de Sylvain Tesson dans Berezina), Cédric Gras a sillonné des années durant l’Extrême-Orient russe par tous les moyens de transport, dont le Transsibérien. Impossible, donc, de ne pas s’arrêter dans la mythique Vladivostok. Cédric Gras l’a fait, Sylvain Tesson aussi, puis il a lu le récit de son camarade, et dit, dans sa préface, toute son admiration : “Il tire de ses souvenirs l’un des plus beaux saluts que j’ai lus depuis des années à cette Russie qui nous aimante.” Et plus loin : “L’auteur décrit une ville fantôme, objet de tous les fantasmes kesseliens, débarcadère où les touristes viennent chercher le pittoresque qui caractérise les finisterres (…) Vladivostok, ville où tout le monde descend : terminus d’un rêve.” A votre tour de descendre ! 

Vladivostok. Neiges et moussons, par Cédric Gras. Libretto, 226 p., 8 ,90 €. 

Dans les secrets du musée d’Orsay 

La romancière Maylis de Kerangal a été artiste associée au musée d’Orsay en 2019-2020, l’illustrateur et peintre Jean-Philippe Delhomme fut à partir de janvier 2020 le premier artiste en résidence sur Instagram du dit musée. Ils s’y sont croisés, donc, et ont décidé de sortir des sentiers battus pour se rendre dans… les réserves du musée, riches de trésors sans public. Tandis que Maylis de Kerangal décrit les impressions de cette plongée dans le “verso souterrain et occulte des salles d’exposition lumineuses”, “outre-monde fantasmatique”, Jean-Philippe Delhomme propose trente représentations des oeuvres enfouies, plus ou moins célèbres. Un duo de charme qui accompagne l’exposition “Légendes des réserves”, qui s’achèvera le 13 février 2022. 

Légendes des réserves, par Maylis de Kerangal et Jean-Philippe Delhomme. Musée d’Orsay/Gallimard, 64 p., 16 €. 

Vive la fratrie ! 

Voilà longtemps que vous ne les avez pas vus, vos frères et soeurs, et vous allez les retrouver lors des traditionnelles fêtes de fin d’année. Pas d’engueulade à l’horizon, alors profitez-en pour leur offrir ce Goût des frères et soeurs, dernier né de la fameuse série du Petit Mercure. Ariane Charton, sa maîtresse d’oeuvre, s’est plongée dans les classiques (Sophocle, Corneille, Balzac, Chateaubriand, Genèse, Shakespeare) mais aussi dans les “modernes” (Beauvoir, Michon, Pontalis, Garcin…) pour nous rapporter des extraits des oeuvres les plus parlantes sur les relations entre ces êtres qui ne se sont pas choisis. Qu’elles soient passionnelles ou tendres, complices ou admiratives, elles nous réchauffent le coeur. Ou nous le fendent. C’est selon… 

Le Goût des frères et soeurs, textes choisis et présentés par Ariane Charton. Mercure de France, 128 p., 8,20 €. 

Tokyo, la nuit 

Il est fan de Tokyo, fan des nuits de cette mégapole qu’il voit rouge, “comme un coeur palpitant, une flaque de sang, un néon ardent…” Pour avoir parcouru ses rues, jusqu’au bout de l’aube, Jean-Christophe Grangé s’est forgé une belle culture tokyoïte. Il a découvert le Japon comme jeune reporter, mais n’a alors retenu qu’une image “douce et compassée” de ce bout d’Orient. Puis il a rencontré sa femme, et tout a changé. Ce fut “un tremblement de terre”, un “blast”, écrit-il en ouverture de ce beau livre consacré à la nuit tokyoïte. Bienvenue dans l’univers pourpre et sulfureux de notre maître du thriller, accompagné des photographies de Patrick Siboni. Pour mieux comprendre ce “pays des contraires”. 

Tokyo pourpre, par Jean-Christophe Grangé, photographies de Patrick Siboni. Albin Michel, 306 p., 49 €. 

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