S’endormir à 22 heures aurait de bienfaits prouvés sur note santé

Article publié sur madame.lefigaro.fr

D’après de récents travaux scientifiques britanniques, en s’endormant trop tôt ou trop tard, on s’exposerait davantage à un risque de maladies cardiovasculaires. Précisions et éclairage avec un médecin du sommeil.

D’après de récents travaux scientifiques britanniques, en se couchant trop tôt ou trop tard, on s’exposerait davantage à un risque de maladies cardiovasculaires. Getty Images

Il n’y a pas que la fameuse pomme quotidienne qui éloigne le médecin ; une bonne nuit de sommeil aussi… À condition de se coucher à la bonne heure. Dans le cadre de travaux sur le lien entre l’heure de l’endormissement et l’apparition de maladies cardiovasculaires chez le dormeur, des chercheurs britanniques ont récemment identifié une tranche horaire qui protègerait notre santé et plus précisément celle de notre cœur. Selon leurs conclusions publiées le 9 novembre dans la revue médicale de cardiologie European Heart Journal, mieux vaudrait sombrer entre 22 heures et 23 heures.

Une horloge biologique perturbée

Pour arriver à ce résultat, les chercheurs de l’Université d’Exeter ont analysé les données de santé de plus 88.000 Britanniques (1), issues de la UK Biobank, une base de données biomédicales. Les participants, âgés entre 43 et 79 ans, ont porté un bracelet connecté enregistrant pendant sept jours l’heure de début d’endormissement et celle du réveil. Ils ont ensuite répondu à des questions sur leur style de vie (statut socio-économique, habitudes de sommeil, tabagisme), leur santé et leur physique (IMC, diabète, cholestérol…). Leur cœur a été surveillé durant six ans.

À l’issue du suivi, 3.172 personnes, soit 3,6 % des volontaires, ont développé une maladie cardiovasculaire. Et l’incidence la plus élevée s’est observée chez les couche-tard. En s’endormant à minuit ou plus tard, le risque de développer une pathologie cardiaque augmentait de 25%. Les couche-tôt ne sont pas épargnés. En cas d’endormissement avant 22 heures, le risque cardiovasculaire stagnait à 24%. Les participants endormis entre 22 heures et 22h59 ont été les moins touchés.

Comment l’expliquer ? En se couchant trop tôt ou trop tard, on perturberait notre horloge biologique, selon les scientifiques britanniques. «Ce dérèglement des comportements et de l’horloge circadienne augmente l’inflammation et peut altérer la régulation du glucose, deux facteurs qui peuvent augmenter le risque de maladie cardiovasculaire», commente David Plans, chercheur en neurosciences et auteur principal de l’étude, dans un communiqué.

La conclusion ne surprend pas le Dr Philippe Beaulieu, médecin somnologue et thérapeute TCC (thérapie cognitive et comportementale), qui a pu consulter l’étude. Selon lui, le coucher tardif reste effectivement le plus dommageable puisqu’il empêche au dormeur de bénéficier des effets régénérateurs des premières heures de la nuit. «Lors des phases de sommeil léger à profond, l’organisme entre en récupération cardiovasculaire : le pouls et la tension artérielle ralentissent considérablement, explique-t-il. Si le sommeil est insuffisant en qualité, en quantité, ou les deux, ces fonctions vont être inopérantes et donc plus à risque de développer des pathologies».

Sans compter qu’un coucher tard n’entraîne pas automatiquement un lever tard le lendemain. «Si le couche-tard s’inflige de surcroît des nuits trop raccourcies, il va rentrer de façon chronique dans une auto-privation de sommeil, favorisant ainsi le risque cardiovasculaire», souligne-t-il.

Les femmes premières touchées

Pour des raisons que les scientifiques britanniques ignorent encore, les femmes seraient davantage touchées, d’après leurs travaux. «Il se peut qu’il y ait une différence entre les sexes dans la façon dont le système endocrinien réagit à une perturbation du rythme circadien», avance le chercheur en neurosciences David Plans, dans le communiqué de presse.

L’âge avancé des sujets de l’étude (entre 43 et 79 ans), pourrait aussi l’expliquer. «Cela peut être un facteur confondant, car avec l’arrivée de la ménopause, les femmes s’exposent davantage au risque cardiovasculaire», commente Philippe Beaulieu.

Avant tout, se concentrer sur le réveil

Bien qu’encourageants pour la recherche, ces résultats restent à nuancer. Ils montrent une association entre l’heure d’endormissement et le sur-risque cardiovasculaire, mais ne prouvent pas de relation de cause à effet. Les scientifiques souhaitent approfondir leurs travaux en étudiant davantage la qualité des nuits et en faisant appel à un échantillon plus représentatif de la population – rappelons que les sujets étudiés étaient âgés.

D’ici là, plutôt que de scruter religieusement la pendule le soir, le Dr Philippe Beaulieu recommande d’éviter les habitudes de sommeil «extrêmes», tels qu’un endormissement très tôt (18 heures) ou très tard (après 3 heures du matin). Il invite au contraire à se concentrer davantage sur l’horaire du lever et ses bonnes conditions. «Il doit être régulier, précise-t-il et marqué à chaque fois par deux signaux forts : une activation musculaire (une marche ou des étirements par exemple, NDLR) et une exposition à la lumière naturelle au saut du lit. Si on respecte cela, l’horaire du coucher s’imposera ensuite de lui-même».

(1) Données collectées auprès de 88.026 personnes, âgées entre 43 et 79 ans, recrutées en 2006 et 2010.

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