Ventre et microbiote intestinal, les clés de la longévité au centre du corps

Article publié sur madame.lefigaro.fr

Les pouvoirs du microbiote intestinal sur la peau, le moral ou l’immunité sont désormais connus. Aujourd’hui, des scientifiques suggèrent qu’il serait aussi une des clés de la longévité. Explications.

Prendre soin de ses intestins serait le nouveau secret de longévité. Fabrice Cormy

Après plusieurs décennies à s’interroger sur le secret des centenaires, des scientifiques japonais ont peut-être découvert une des clés de leur longévité. Selon une étude menée à la faculté Keiō de Tokyo et publiée l’été dernier dans Nature, elle pourrait se nicher… dans leurs intestins. Ces chercheurs ont en effet découvert que le microbiote intestinal des personnes de plus de 100 ans abrite une population bactérienne spécifique, capable de produire des acides biliaires secondaires protecteurs vis-à-vis de certains agents pathogènes ultrarésistants. Ainsi, ces bactéries bénéfiques permettraient de maintenir le bon équilibre de la flore intestinale, favorisant une relation symbiotique entre cette flore et l’organisme qui l’héberge.

Une donnée très personnelle

Cette nouvelle étude vient appuyer ce que certains chercheurs comme le Pr Paul O’Toole, microbiologiste à l’université de Cork et membre du projet européen Eldermet (qui s’intéresse au microbiote des personnes âgées), supposent depuis des années : ce qu’on a dans le ventre pourrait déterminer la vitesse à laquelle on vieillit. «Chez les sujets âgés, on voit apparaître une altération du microbiote, explique Joël Doré, directeur de recherche à l’Institut Micalis de l’Inrae de Jouy-en-Josas. Avec l’âge, celui-ci perd en richesse et en diversité, notamment à cause d’une baisse physiologique de la production du mucus protecteur et d’une altération de la digestion, mais aussi, souvent, d’une alimentation plus monotone. Or, cette perte de richesse s’accompagne d’une baisse d’efficacité des défenses naturelles et d’une diminution de la résistance vis-à-vis des agents pathogènes.»

Les superpouvoirs des milliards de bactéries, virus et autres champignons qui colonisent notre tube digestif ne se limitent pas à la sphère digestive : en bloquant le passage aux composés inflammatoires et pathogènes, en dialoguant en permanence avec le cerveau, en produisant puis libérant dans le sang de petites molécules appelées métabolites, ils jouent aussi un rôle régulateur des fonctions immunitaires, métaboliques et neurologiques.

«Toutes les grandes maladies modernes possèdent vraisemblablement une composante microbiotique importante, indique le scientifique. Une dysbiose (déséquilibre de la flore intestinale avec un appauvrissement de la richesse bactérienne favorisant la présence excessive de bactéries pathogènes) est dommageable car elle entraîne une altération de la relation entre l’individu et ses différents microbiotes.» Ainsi, avec les années, ces modifications contribuent au déclin immunitaire, génèrent une fragilité et peuvent, de fait, engendrer certains risques ou états pathologiques : inflammation chronique, déclin cognitif, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires et cancers.

Prébiotiques à base de souches anti-âge

Peut-on vraiment retarder le vieillissement en agissant sur le contenu de nos entrailles ? «C’est plus subtil que cela, temporise Jean-Paul Motta, chercheur à l’Institut de recherche en santé digestive (Inserm) de Toulouse. Chaque microbiote possède sa propre évolution et s’individualise avec le temps. Il n’existe donc pas une composition universelle de microbiote pour vivre longtemps et en bonne santé. Il faut aussi tenir compte de la relation entre l’individu et ses bactéries, ainsi que la façon dont elles se comportent en communauté et se localisent géographiquement dans les intestins. Toutes ces connaissances ouvrent des perspectives thérapeutiques, mais il va falloir mieux les comprendre pour pouvoir les personnaliser à chaque individu.»

Des start-up planchent déjà sur les cures de prébiotiques à base de souches anti-âge. Les chercheurs expérimentent également les transplantations fécales, qui pourraient à terme soigner certaines pathologies ou pallier certaines déficiences, un peu comme une greffe d’organes. En attendant, le mieux est encore de continuer à assainir son assiette «par une alimentation à dominante végétale, variée et colorée, une faible consommation d’alcool, de produits ultratransformés, de viande rouge, et l’augmentation des apports en fibres, tant en quantité qu’en diversité», rappelle Joël Doré. Les cures de prébiotiques ? Essayez un mois. Si vous ne constatez aucun changement, stoppez ou changez de souches.

Les vertus protectrices du jeûne

Pratiqué de façon intermittente ou séquentielle, le jeûne constitue aussi une piste d’avenir pour lutter contre les méfaits du temps. «Des études en laboratoires et cliniques montrent que c’est l’un des moyens les plus efficaces d’activer les processus de protection, de réparation et de rajeunissement des cellules», affirme le Pr Valter Longo, gérontologue concepteur du Régime de longévité. En plus d’avoir un effet détox sur le microbiote intestinal (plus de bactéries amies et moins de délétères), il permettrait, en effet, «de restreindre les apports énergétiques de manière efficace et sans effets secondaires, avec des bénéfices remarquables sur le vieillissement et les facteurs de risque de maladie».

Concrètement, cela consiste à cesser de s’alimenter (mais pas de s’hydrater) pendant 14 à 16 heures, en sautant le petit-déjeuner ou le dîner, selon ses habitudes, son mode de vie et son appétit. Pour ne manquer de rien, il convient de respecter les recommandations nutritionnelles quotidiennes (5 fruits et légumes, 2 portions de protéines végétales ou animales, 3 produits laitiers…), mais rapportées non plus à trois, mais à deux repas.

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