Covid-19 : où en sont les traitements ?

Article publié sur usbeketrica.com

Si seuls la dexaméthasone, le tocilizumab et le sarilumab bénéficient d’une recommandation en bonne et due forme de la part de l’OMS, d’autres traitements contre le Covid-19 encore en phase de tests semblent prometteurs. Tour d’horizon de ces médicaments qui pourraient devenir « complémentaires » à la vaccination.

Dans les rangs des militants anti-vaccination, c’est l’un des arguments les plus récurrents : la recherche portant sur les vaccins aurait été privilégiée au détriment de la recherche portant sur les traitements et les médicaments permettant de « guérir » du Covid-19, même une fois infecté par le virus. Si de nombreux articles de presse ont déjà soigneusement déconstruit cette idée reçue, où en est-on exactement des traitements anti-Covid ? Quels sont les médicaments actuellement sur le marché, ceux en phase de tests et ceux jugés inefficaces ? Pour y voir plus clair, nous vous proposons un bref résumé de la situation.

Trois recommandations de la part de l’OMS

Il n’existe actuellement que trois médicaments recommandés par l’OMS (Organisation mondiale de la santé), car considérés comme suffisamment efficaces pour les patients hospitalisés :

  • la dexaméthasone, un corticostéroïde prescrit aux personnes hospitalisées ayant besoin d’assistance respiratoire ;
  • le tocilizumab, un anticorps monoclonal (ciblant un antigène sur le virus) qui réduit non seulement le risque de mortalité mais également « le besoin de ventilation mécanique » dans les services de soins intensifs à l’hôpital ;
  • le sarilumab, un autre anticorps monoclonal fabriqué par Sanofi, habituellement prescrit contre la polyarthrite rhumatoïde.

Plusieurs traitements prometteurs en France

En France, comme l’indique le site du gouvernement, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a par ailleurs délivré une autorisation temporaire d’utilisation au bamlanivimab, un anticorps monoclonal du laboratoire américain Eli Lilly visant à traiter les patients adultes à risque élevé de développer une forme grave de Covid-19. Ce traitement permettrait de limiter les risques de survenue de formes graves chez les publics les plus fragiles (patients de plus de 80 ans ou immunodéprimés, en traitement par chimiothérapie ou ayant des problèmes pulmonaires, etc.). Depuis le 11 juin, cette solution peut également être proposée aux enfants de plus de 12 ans.

Autre espoir pour l’Hexagone : le XAV-19, un anticorps polyclonal (ciblant plusieurs antigènes sur le virus) en cours de développement du côté de la biotech Xenothera, basée à Nantes. Comme l’indique Le Télégramme, les résultats des essais de phase 2 sont attendus pour les prochaines semaines, tandis que ceux de phase 3 devraient l’être dans six à huit mois. Le gouvernement français en a précommandé 30 000 premières doses et si la Haute autorité de santé décidait d’accorder une autorisation d’accès précoce, le XAV-19 pourrait être proposé aux patients français à partir d’octobre 2021.

Depuis mars 2021, des chercheurs du CNRS, de l’Inserm, de l’université et du CHU de Lille s’associent également à la start-up Apteeus pour travailler au « repositionnement moléculaire » du clofoctol, une substance utilisée jusqu’au début des années 2000 dans le traitement des rhino-pharyngites mais qui serait ici « mise à jour » pour endiguer les effets du SARS-CoV-2. Après avoir fait ses preuves sur des modèles animaux, ce médicament a débuté mi-juin sa phase d’essais cliniques sur des adultes volontaires, dans les Hauts-de-France.

L’énigme ivermectine

Parfois présenté comme le « nouvel espoir » de la recherche après les échecs du remdesivir et de l’hydroxychloroquine, l’ivermectine fait de son côté l’objet de premiers résultats contrastés. Une étude de l’Institut Pasteur publiée le 12 juillet dernier montre ainsi que cet antiparasitaire intestinal pourrait avoir des effets positifs sur les symptômes du Covid-19, sans faire diminuer pour autant sa charge virale. D’après cette étude préliminaire, l’ivermectine permettrait notamment de diminuer l’inflammation au niveau des voies respiratoires et réduirait le risque de perte d’odorat.

Mais, dans l’attente de données complémentaires et alors que certains malades au Brésil ou en Indonésie se ruent déjà sur les pharmacies pour s’en procurer, l’OMS a formellement recommandé de n’administrer ce médicament que dans le cadre d’essais cliniques. Même discours du côté du fabricant, Merck, qui indique que la possibilité d’une « potentielle action thérapeutique contre le Covid-19 n’a aucune base scientifique » et met en garde contre des risques d’effets secondaires si le médicament n’est pas correctement administré.

Au Japon, des essais sont en cours pour tester l’efficacité d’un nouveau traitement antiviral prenant la forme d’une simple pilule orale quotidienne

L’UE mise sur le sotrovimab

Après avoir identifié plusieurs traitements prometteurs, la Commission européenne a quant à elle annoncé, fin juillet, avoir signé un contrat avec le labo GSK pour la fourniture de 220 000 traitements à anticorps monoclonaux sotrovimab. Ce dernier peut être utilisé pour soigner des patients présentant des symptômes légers du Covid-19 mais « exposés à un risque élevé de développer une forme grave de la maladie ».

Des études en cours suggèrent en effet que l’administration précoce de ce traitement peut réduire le risque de développer des formes plus graves qui nécessitent une hospitalisation ou le placement en soins intensifs. Chaque État membre de l’UE peut donc d’ores et déjà se procurer du sotrovimab selon ses besoins, à condition d’avoir reçu une autorisation d’utilisation d’urgence, soit au niveau étatique soit au niveau de l’Agence européenne des médicaments.

Au Japon, cocktail d’anticorps et pilule orale

Au Japon, enfin, le groupe pharmaceutique suisse Roche a reçu, le 20 juillet dernier, une autorisation d’homologation d’un cocktail d’anticorps développé avec le laboratoire américain Regeneron, pour les formes légère à modérée de Covid-19. Connu sous le nom de REGEN-COV aux Etats-Unis mais appelé Ronapreve dans d’autres pays, ce traitement qui associe les médicaments casirivimab et imdevimab a obtenu l’autorisation du ministère japonais de la santé sur la base d’études de phase 3 qui ont démontré que la combinaison médicamenteuse réduit de 70 % les hospitalisations et décès.

C’est d’ailleurs également au Japon que des essais sont en cours pour tester l’efficacité d’un nouveau traitement antiviral prenant la forme d’une simple pilule orale quotidienne. Les laboratoires Pfizer, Shionogi et Ridgeback Biotherapeutics LP sont, pour l’heure, les trois principaux acteurs de ce nouveau remède, qui pourrait permettre de « neutraliser le virus » en seulement quelques jours. Contrairement aux vaccins, cette pilule n’aurait pas une visée préventive mais serait prescrite aux personnes déjà infectées par le virus. Rien ne permet cependant d’affirmer que les recherches en la matière seront concluantes, puisque le traitement est toujours en phase d’essais cliniques. 

Des médicaments « complémentaires » de la vaccination

Comme le rappelle un excellent article du magazine Challenges, tous ces traitements – aussi différents soient-ils entre eux – demeurent cruciaux pour lutter contre l’épidémie, y compris à l’heure où la campagne vaccinale progresse. Car si la course au traitement « n’est pas en compétition avec celle des vaccins », elle lui est bel et bien « complémentaire ». « La recherche d’un traitement vise à apporter une réponse qui peut compléter à plus court terme l’arsenal technologique de lutte contre le virus », insiste ainsi Bruno Versaevel, chercheur en économie industrielle et spécialisé dans les enjeux de la recherche et développement en industrie pharmaceutique.

« Les personnes immunodéprimées, ou celles et ceux qui refusent encore de se faire vacciner, il faudra bien les soigner »

Selon le journal du CNRS, l’apparition de nouveaux variants pourrait en outre « mettre à l’épreuve le bouclier vaccinal ». Sans compter certaines catégories de la population, notamment les personnes immunodéprimées qui « ne sont pas réellement protégées par les vaccins », ou celles et ceux qui refusent encore de se faire vacciner. D’où cette évidente conclusion, énoncée par le chercheur au Centre d’infection et d’immunité de Lille1 (CIIL) Jean Dubuisson : « Ces personnes, il faudra bien les soigner. »

Le journal suisse Le Temps rappelle toutefois que ces traitements restent particulièrement onéreux, ce qui ne risque pas de faciliter leur accès. D’après un document des hôpitaux universitaires de Genève que le média s’est procuré, 400 milligrammes de tocilizumab, soit une dose pour une personne pesant 50 kilos, coûtent environ… 823 euros. Pour le sarilumab, 150 milligrammes reviennent à 800 euros, alors que 400 milligrammes par patient sont nécessaires. Pour rappel, le prix d’achat européen de la dose de vaccin Pfizer est quant à lui estimé à 19,5 euros, et 21,5 euros pour Moderna.

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