Covid-19 : comment le discours de l’exécutif a évolué pour marginaliser les “antivax”

Article publié sur lexpress.fr

S’il a longtemps déclaré vouloir convaincre les Français, le gouvernement a changé de braquet en pointant du doigt les plus radicaux qui refusent la vaccination.

Les mots sont forts, le ton est martial et la cible est clairement identifiée. Lors d’une visite à Tahiti, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a dénoncé ce dimanche “l’irresponsabilité et l’égoïsme” des non-vaccinés, alors que l’épidémie repart de plus belle en France. La dureté des paroles du chef de l’Etat fait écho aux mobilisations anti-restrictions qui se sont tenues, samedi, dans tout le pays. Au total, 160 000 personnes sont descendues dans la rue pour s’opposer au passe sanitaire ou à la vaccination obligatoire pour certaines professions. “Chacune et chacun est libre de s’exprimer dans le calme, dans le respect de l’autre”, a tancé le président. Mais “la liberté où je ne dois rien à personne n’existe pas” et celle-ci “repose sur un sens du devoir réciproque”. 

À entendre les propos du chef de l’Etat, l’heure n’est plus à essayer de convaincre. Alors que le pays est balayé par une quatrième vague de Covid-19, le président Emmanuel Macron a changé de ton. Et l’allocution du président de la République, le 12 juillet, a marqué un tournant. Le locataire de l’Elysée assume vouloir “faire porter les restrictions sur les non-vaccinés, plutôt que sur tous”. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, le chef de l’Etat ne semble plus d’adresser de la même façon à tous les Français. 

Depuis plus d’une semaine, le président et ses proches multiplient les phrases chocs à l’égard des antivax. “Je suis victime de votre liberté alors que vous aviez la possibilité d’avoir quelque chose pour vous protéger et me protéger. Et au nom de votre liberté, vous allez peut-être avoir une forme grave (du virus) et vous allez arriver à cet hôpital. Ce sont tous ces personnels qui vont devoir vous prendre en charge et peut-être renoncer à prendre quelqu’un d’autre”, martèle le chef de l’Etat ce dimanche face aux soignants du Centre Hospitalier de la Polynésie française. De leurs côtés, les “antivax” essaient de crier plus fort. Quand on leur parle de mesures sanitaires, ils dénoncent une “dictature”. Des personnes hostiles à l’extension du passe sanitaire ont été jusqu’à comparer leur sort à celui des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Un dialogue de sourd se met en place dans une France fracturée

Nous serons intraitables”

A ceux qui accusent le chef de l’Etat de mordre sur leur liberté, l’Elysée rend coup pour coup : “Vous pouvez tout à fait aller faire les courses, aller voir vos amis, être chez vous, voir vos proches. Mais vous ne pouvez pas aller dans des lieux où il y a du brassage”, comme les centres commerciaux ou les restaurants. “Franchement, je n’appelle pas ça priver quelqu’un de la liberté “, répond-il lors de sa visite sur le Tour de France, le 18 juillet. Ces derniers jours, la tension est montée d’un cran lorsque plusieurs centres de vaccination ont été dégradés. “Nous serons intraitables avec ceux qui (…) en viennent à des actes de violence”, “font allusion à l’étoile jaune ou à la Shoah, s’en prennent à des permanences parlementaires, mettent le feu à des centres de vaccination”, a mis en garde le Premier ministre Jean Castex sur TF1.  

Que ce soit sur les plateaux télé ou à la radio, le gouvernement ne semble plus en guerre contre l’épidémie, mais contre les “antivax”. Quitte à ridiculiser ceux qui refusent de se faire piquer contre le Covid-19. “La liberté, ce n’est pas refuser un vaccin” qui “protège”, “ni se soustraire aux impôts”, “ou rouler à contresens sur l’autorité”, s’est fâché le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d’un discours à l’Assemblée nationale, le 21 juillet. Deux jours auparavant, c’est le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui décoche quelques flèches en direction des “antivax” : “Nous ne céderons pas à la dictature des images choquantes, des slogans outranciers et des raccourcis honteux”, tonne le porte-parole du gouvernement, le 19 juillet, à l’issue du conseil des ministres. 

Le “cynisme” des antivax

L’autre stratégie affichée par le gouvernement : minimiser l’importance de ces contestataires. Même s’ils font du bruit, ceux “qui tiennent des propos totalement irresponsables et mensongers sur la vaccination” sont “très minoritaires”, a assuré Gabriel Attal sur France Inter, jeudi. Trois jours après son allocution du 12 juillet, Emmanuel Macron loue le “civisme”, la “responsabilité” et le sens du “collectif” des vaccinés. Pour les mauvais élèves, les mots se durcissent évoquant le “cynisme” de ceux qui exploitent” la peur” autour du vaccin. D’un côté, la majorité silencieuse et de l’autre la minorité bruyante – les mauvais élèves. Comme sur les bancs de l’école, les bons points sont distribués. Et sans surprise, les personnes vaccinées reçoivent une pluie d’éloges.  

Dans les rangs de l’opposition, certains politiques donnent de la voix : “Vous êtes en train de diviser la nation !”a ainsi dénoncé le député LR Patrick Hetzel (Bas-Rhin), le 21 juillet, à l’Assemblée. Les débats en cours au Sénat pour l’extension du passe sanitaire en attestent. Dirigée par la droite, la chambre haute du Parlement a substantiellement modifié le texte voté par les députés, notamment en ce qui concerne l’obligation vaccinale pour les soignants, ou le passe sanitaire pour les mineurs. 

Alors que la France compte 48% de personnes ayant réalisé un schéma vaccinal complet, l’exécutif se défend de vouloir s’attaquer à toutes les personnes réticentes à la vaccination. Entre les “antivax” radicaux et les individus qui hésitent encore à prendre rendez-vous pour recevoir une injection, il y a en effet une grande différence. “Nous faisons parfaitement la différence” entre ces deux catégories, répond Gabriel Attal. En effet, si le gouvernement affiche une communication musclée à l’égard des “antivax”, son but n’est pas de se mettre à dos les opposants jugés “modérés” qu’il aimerait voir rejoindre son camp. 

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