Covid-19. Malgré une vaccination record, le Chili reconfine à nouveau

Article publié sur ouest-france.fr

Devant la flambée des cas de Covid-19, les autorités du Chili ont décidé de reconfiner la capitale Santiago et ses sept millions d’habitants. Malgré une vaccination record, puisque 47 % des 19 millions des Chiliens ont reçu deux doses, l’épidémie est de nouveau hors de contrôle et les hôpitaux sont saturés.

À quelques heures d’un nouveau confinement de Santiago, la capitale du Chili, Vivianette Yevenes s’agitait, vendredi 11 juin, au milieu d’une montagne de tissus. « Chaque seconde vaut de l’or »​, lançait la couturière de 64 ans, dont l’atelier donne sur une avenue bruyante et fréquentée de Ñuñoa, commune du « grand Santiago » . « Je dois fermer ma boutique et je ne sais pas comment je vais payer mon loyer, avouait-elle, désabusée. ​Mais les hôpitaux sont saturés, il faut bien faire un effort… » ​Depuis ce week-end, les sept millions d’habitants de Santiago sont donc reconfinés, seules les sorties pour travailler, se soigner ou se ravitailler étant autorisées.

Face à la nouvelle flambée des cas de Covid-19, les unités de soins intensifs frôlent la rupture, avec 97 % d’occupation. « La situation est hors de contrôle, observe Muriel Ramírez, épidémiologiste. Le transfert de patients n’est plus possible, car, pour la première fois, tout le pays est touché simultanément. » ​Les hôpitaux refusent les nouveaux malades et des dispensaires ont été aménagés à la hâte pour recevoir les personnes en détresse respiratoire.

Le variant Gamma, un « ennemi » ​redoutable 

La vaccination, seule, ne suffit pas, insiste Muriel Ramírez. C’est là tout le paradoxe chilien. Avec 47 % des dix-neuf millions de Chiliens, comme Vivianette Yevenes, à avoir reçu deux doses, le pays se classe sur la troisième marche du podium mondial, derrière Israël et Bahreïn. Tout aurait dû aller mieux, s’il n’y avait pas eu une conjonction de facteurs négatifs.

D’abord, le CoronaVac, le vaccin chinois utilisé à 80 % au Chili (pour 20 % de Pfizer), n’est efficace qu’à 67 %, selon les dernières données de l’Institut chilien de santé publique. Au moment où a surgi un ennemi ​redoutable, le variant Gamma, dit « brésilien P1 »​, deux fois plus contagieux, même s’il ne semble pas plus létal.

« La majorité des patients hospitalisés ne sont pas vaccinés, souligne Álvaro Castillo, chercheur en épidémiologie à l’université Mayor. ​C’est le signe que le CoronaVac est efficace pour limiter les cas graves. » ​Mais le virus Gamma a proliféré dans la population non-vaccinée, d’autant que les gestes de protection se sont relâchés.

Álvaro Castillo insiste sur la communication erratique des autorités : « L’autorisation de partir en vacances en janvier (quand l’épidémie repartait à la hausse)​ et le pass de mobilité, lancé en mai, sont des signaux contradictoires envoyés à la population. » ​Le couvre-feu est souvent négligé et les contrôles de police irréguliers. Et comme les aides économiques promises par le gouvernement peinent à arriver, difficile d’imaginer que le nouveau confinement sera strictement respecté, alors qu’un tiers des travailleurs dépendent du secteur informel

Avec l’arrivée de l’hiver austral, le Chili, qui a enregistré 30 500 décès liés au Covid-19, s’apprête à vivre des jours compliqués. Cela n’a pas empêché l’entourage du président Piñera d’annoncer un voyage officiel, fin juin, en France, au plus haut de la vague épidémique attendue… avant d’y renoncer quelques heures plus tard. Un symbole d’une gestion trop souvent à contretemps.

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