Covid : le risque modéré d’une quatrième vague en septembre

Article publié sur marianne.net

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a alerté ce mardi 8 juin sur RTL sur la reprise d’une nouvelle vague de Covid-19 à la rentrée. Contactés par « Marianne », les épidémiologistes Pascal Crépey et Catherine Hill nuancent cette hypothèse.

Une histoire sans fin ? Avec la vaccination progressive de la population et la réouverture des terrasses puis des salles, on pensait enfin souffler pendant l’été. Mais le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy nous a remis la pression ce mardi 8 juin sur RTL : « Une quatrième vague est possible à la rentrée. » Si le scientifique tient à rassurer en annonçant une trêve estivale, à condition de ne pas trop se relâcher, il estime que la baisse des nombres d’hospitalisations et de décès ne suffit pas à garantir une fin d’année apaisée. En cause : la propagation du variant delta, ou variant indien, au Royaume-Uni, et son taux de contamination. La version delta du coronavirus est 50 % plus transmissible que le variant alpha, ou variant anglais, au point de le remplacer au Royaume-Uni.

Pour Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et bio statistiques à l’École des hautes études en santé publique à Rennes, interrogé par Marianne : « Tant que le virus circule et que l’on n’a pas d’immunité collective suffisante, un redémarrage d’épidémie est plausible. » L’épidémiologiste estime que pour prévenir ce variant, le niveau d’immunité collective doit être revu à la hausse. Calculé à environ 66 % pour le virus de base, il monte à 75 % pour le variant alpha et 86 % pour le delta.

UNE LEVÉE DES RESTRICTIONS TROP HÂTIVE ?

La levée des restrictions constitue un autre facteur de propagation du virus. À l’instar de l’été dernier, la pression se relâche pour les vacances estivales. En octobre 2020, l’épidémie était repartie de plus belle. « Je continue de penser que c’est peut-être un peu tôt, regrette Pascal Crépey. On sait que le risque d’infection est plus élevé en intérieur par accumulation d’aérosols. Il est non négligeable et ce, quelle que soit la bonne volonté des restaurateurs et des gérants de bar. »

Contrairement à l’année dernière, le pays est pourtant mieux doté en outils pour prévenir ces risques. Il est ainsi plus facile de se faire tester et d’obtenir rapidement des résultats. Par ailleurs, la prévention passe aussi, pour l’épidémiologiste, par le pass sanitaire et les applications de traçage. « Je garde espoir car les outils de traçage et d’identification des éventuels clusters fonctionnent. Les gens s’attachent à scanner les QR code des établissements pour signaler qu’ils y ont été ou laisser les coordonnées dans le carnet de rappel. Ça permet d’éviter les chaînes de transmission. » Des réflexes sont désormais acquis : se faire tester à l’apparition des premiers symptômes, s’isoler en cas de test positif…« Ce sont des mesures de bon sens, appuie le chercheur. Il faut avant tout avoir les bons réflexes pour soi. »

LA QUATRIÈME VAGUE N’EST PAS INÉVITABLE

Tous ces facteurs ne font donc pas d’un retour en force du variant delta un scénario inéluctable. Selon Catherine Hill, épidémiologiste à l’institut Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne), on inquiéterait même trop les Français. « Au regard du nombre d’admission en réanimation ou de décès du Covid-19, la situation est plutôt positive. » Le nombre de personnes en réanimation a été divisé par deux en un mois (passant de 5 106 à 2 472) et celui du nombre de morts a chuté pour passer sous la barre des 100 décès quotidiens.

Jean-Stéphane Dhersin, modélisateur des épidémies et chercheur au CNRS, n’observe pour l’instant pas d’impact direct de la levée des restrictions en cours depuis le 19 mai. « On s’oriente vers un été calme analyse-t-il. Le relâchement des restrictions est pour l’instant compensé par l’augmentation du nombre de personnes vaccinées. »

LA VACCINATION CHANGE LA DONNE

Même si une quatrième vague a bel et bien lieu, elle ne serait en rien comparable aux précédentes. Le niveau d’incidence reste faible chez les personnes âgées car le taux de vaccination est bien plus élevé. Près de 70 % des personnes âgées de 75 ans et plus sont totalement vaccinés, 89 % ont obtenu une première dose. Le taux de première dose est similaire pour la tranche 65-74 ans. Et ce n’est pas l’arrivée du nouveau variant qui changerait la donne. D’après une étude de l’institut Pasteur, les vaccins ARN messagers (Pfizer BioNTech et Moderna), majoritairement injectés en France, gardent une efficacité assez forte contre le variant delta.

Parmi les personnes hospitalisées, il y aura donc proportionnellement plus de jeunes. Et si la population est moins à risque, le risque de développer des formes de grave n’est pas nul. La rentrée pourrait donc davantage médiatiser des syndromes post-covid ou covid long, « qui ont jusqu’à présent été un peu cachés par les arbres qui sont les réanimations et les décès », juge l’épidémiologiste Pascal Crépey.

MIEUX PRÉVENIR LES VARIANTS

Reste une inconnue : l’hypothèse de nouveaux variants cet été. Des mutations que la France n’est pas suffisamment capable de détecter. « On n’est pas du tout organisés contre ces variants, il y a un manque de surveillance », fustige Catherine Hill.

Théoriquement, les chercheurs peuvent s’appuyer sur le séquençage et le criblage du virus pour détecter des mutations. Depuis le début de l’épidémie, en France, près de 12 000 séquences du virus ont été publiées par des laboratoires français. Un niveau bien plus faible que chez nos voisins européens comme le Royaume-Uni.

« Il faut une couverture territoriale intelligente corrobore le mathématicien Jean-Stéphane Dhersin. Les enquêtes flash sur 1 500 séquençages en France, c’est assez ridicule. » Les deux chercheurs demandent non seulement une plus grande surveillance des génomes du virus, mais aussi la publication des résultats. « C’est comme l’histoire des tests PCR au début de l’épidémie, ajoute Catherine Hill.On a empêché des personnes qui savent faire les tests de les réaliser. Les laboratoires qui font du séquençage ne sont pas mis dans la boucle. »  Pour les chercheurs, la question se pose : donne-t-on vraiment les moyens de revenir au monde d’avant ?

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