Suspension d’AstraZeneca en France : “Une décision plus politique que médicale”

Article publié sur marianne.net

@Pixabay

Après des jours de communication positive sur le vaccin AstraZeneca, Emmanuel Macron a finalement annoncé sa suspension jusqu’à ce que l’agence européenne du médicament livre des conclusions sur ses effets indésirables. Une question de coordination politique au sein de l’UE d’après plusieurs spécialistes, alors qu’en France seul un cas de thrombose multiple a été détecté.

Présidente du réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance, Annie-Pierre Jonville-Bera a les yeux rivés sur les effets secondaires remontés après une vaccination depuis trois mois. Depuis le 27 décembre, 5 millions de personnes ont été vaccinées (tous vaccins confondus : Moderna, Astra Zeneca et Pfizer BioNtech). Onze mille cas ont été remontés dans la base de données de la pharmacovigilance en France. Mais pour l’heure, “ces cas ne remettent pas en cause la poursuite de la vaccination parce que la balance entre bénéfice et le risque, penche toujours en faveur du bénéfice“, explique le Dr Jonville-Bera. Et de préciser : “Jusqu’ici, un seul cas de thrombose multiple a été détecté via la pharmacovigilance dans l’Hexagone. On le surveille de très près, mais on ne peut dire que ce soit en lien direct avec le vaccin, ni l’exclure totalement“.

Il n’empêche, qu’après une communication se voulant rassurante ce week-end, Emmanuel Macron a finalement annoncé, ce lundi 15 mars, que la vaccination avec AstraZeneca était suspendue en France jusqu’à la publication de l’avis de l’agence européenne du médicament, attendu mardi après-midi. Une “annonce politique“, plus que scientifique d’après plusieurs professeurs en pharmacologie contactés par Marianne.

“LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION PEUT TUER”

Pour Bernard Bégaud, professeur en pharmacologie médicale à l’université de Bordeaux, la France s’est rangée au souci de coordonner la politique vaccinale européenne. “À partir du moment où certains pays d’Europe (à savoir le Danemark, l’Islande, l’Allemagne ou encore la Norvège et l’Italie, N.D.L.R) ont suspendu ce vaccin pendant deux semaines, le mal était faitLa population n’aurait pas compris que certains suspendent et d’autres non“. D’où cet effet domino parmi les vingt-sept, en quelques jours.

Un constat que partage – à regret –  Mathieu Molimard, chef de service de pharmacologie médicale du CHU de Bordeaux : “Que les pays du nord de l’Europe aient suspendu le vaccin pour une question de rapport entre le bénéfice et risque du vaccin, étant donné qu’ils n’ont que peu de cas covid, je peux comprendre. Mais il faut remettre les choses au clair. On parle de quelques cas possibles de thrombose, de troubles de la coagulation sans savoir s’il s’agit d’une coïncidence ou si cela vient du vaccin“.

Pour le médecin, le bénéfice doit l’emporter sur le risque. “Suspendre pendant quinze jours la vaccination, ça veut dire qu’il y aura des centaines de morts liés à l’application du principe de précaution“, assure-t-il. “Le principe de précaution est peut-être plus dangereux que le risque qu’il veut faire éviter“.

De façon unanime, d’après les pharmacologues : “Des morts ont été évités depuis le début de la vaccination“. Le sérum d’AstraZeneca a été jugé efficace à 92 % même s’il vogue de déconvenues en déconvenues depuis sa mise en circulation sur le marché européen mi-février.

LES CAS GRAVES SOUS ESTIMÉS DE 20 %

In fine, la déclaration d’Emmanuel Macron pourrait n’empêcher la vaccination que pour 24 heures. Au vu des données remontées ces dernières semaines, les pharmacologues restent confiants quant au dénouement de l’histoire, même s’ils craignent que l’image du vaccin ne soit encore plus écornée.

Mathieu Molimard s’inquiète aussi d’un effet loupe médiatique : “Vous allez voir que l’on recevra davantage de déclarations de thromboses dans les jours à venir : c‘est ce que l’on appelle le biais de notoriété“. Autrement dit, patients et médecins pourraient être incités à mettre en lumière davantage d’effets indésirables possibles. “On estime que les données de pharmacovigilance sont sous-estimées de 20 %“, souligne Bernard Bégaud, notamment parce qu’elles sont basées sur du déclaratif. “Mais il n’empêche que si demain on apprend que ce ne sont pas 22 cas de thromboses qui ont été recensés, mais 100 voire 500, ça ne changera pas la balance bénéfice risque“.

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