Sydney: le bar de King Street qui sert de l’alcool anti-gueule de bois

Article publié sur vice.com

“J’ai testé l’alcool anti-gueule de bois” Colin Dahl prétend avoir inventé la boisson du futur. J’ai mis son produit à l’épreuve.

L’OPPIL est un bar situé sur King Street, à Sydney, en Australie. Ce qui le rend spécial, c’est qu’il affirme que ses cocktails ne rendent pas malade. Cela me paraît trop beau pour être vrai.

J’ai besoin d’en savoir plus. À mon grand plaisir, Colin Dahl, ingénieur de formation et fondateur de l’OPPIL, me propose de venir tester la véracité de ses affirmations. L’idée est de passer une soirée à boire de l’alcool ordinaire, et une autre à boire son potentiel alcool du futur. Je ne sais pas quel est le mieux, mais j’espère en voir les effets le lendemain matin.

Le premier soir, j’ai le choix entre trois spiritueux : vodka, gin ou tequila. J’opte pour la tequila, la boisson internationale du regret. Dahl me donne ensuite un rapide questionnaire de santé à remplir avant de commencer : quand j’ai mangé pour la dernière fois, ce que j’ai mangé, combien de temps j’ai dormi et quelle quantité d’eau j’ai bu au cours de la journée. De la caféine ? Du glutamate monosodique ? 

Après avoir répondu aux questions, Dahl m’ordonne de commencer à boire. En une heure et demie, je m’enfile cinq cocktails à base de 225 ml de tequila au total. Ce n’est pas non plus ce qu’on peut appeler une nuit de folie, mais c’est quand même suffisant pour laisser une trace le lendemain. 

Très vite, je suis bourré et je quitte le bar pour aller chercher un kebab avant d’aller me coucher. Je me réveille à 5 heures du matin avec un mal de tête lancinant et la gorge desséchée. Je bois un peu d’eau et je me remets au lit, mais ça ne sert à rien. Je suis réveillé, et j’ai une horrible gueule de bois.

Dahl est tombé sur l’idée d’un alcool anti-gueule de bois alors qu’il travaillait sur un traitement pour la rosacée, à savoir ces rougeurs que certaines personnes développent parfois sur le visage lorsqu’elles boivent, ce qui est causé par une déficience héréditaire d’une des enzymes responsables de la dégradation de l’alcool : l’aldéhyde déshydrogénase.

Dahl a découvert qu’en augmentant les niveaux d’antioxydants dans les boissons alcoolisées avec de l’extrait de raisin concentré, le corps était capable de métaboliser l’alcool. En essayant ce nouvel alcool sur lui-même, il a remarqué autre chose : il n’avait pas de gueule de bois. Excité, il a passé les trois années suivantes à affiner le processus pour en faire un produit commercial. 

« Nous l’avons juste infusé avec des raisins rouges, explique-t-il. Nous soupçonnons que les antioxydants sont transférés, c’est la seule chose qui pourrait équilibrer la toxicité des sous-produits de l’éthanol. » Il pense que les antioxydants du raisin neutralisent les radicaux libres sécrétés par le foie lors de la dégradation de l’alcool, ce qui a pour effet d’annuler la gueule de bois.

Cela paraît ridiculement simple : il suffit d’ajouter des antioxydants à l’alcool et boum, pas de gueule de bois. Mais comment se fait-il que personne d’autre n’ait jamais eu l’idée avant ? Et que se passera-t-il quand le secret sera dévoilé et que des brasseries aux poches bien remplies commenceront à voler sa création ?

Dahl répond que cela lui est égal, car il n’y a pas beaucoup d’innovation dans le domaine de l’alcool actuellement. « Je rigole quand j’entends des marques de spiritueux bien établies annoncer qu’elles utilisent la même formule depuis plus de 250 ans. N’ont-elles pas eu le temps de trouver une meilleure façon de faire, en 250 ans ? »

Quant aux imitateurs, « je serais déçu si nous n’en avions pas, dit-il. Nous voulons changer le monde, mais nous n’avons pas à occuper tout le marché. Je bois cet alcool depuis longtemps et je ne veux pas boire autre chose. »

Donc si un grand groupe comme Heineken sortait une bière anti-gueule de bois la semaine prochaine, cela ne le dérangerait pas ? « Si c’est grâce à notre travail, alors non, cela ne me dérange pas. Si d’autres entreprises ou marques commencent à développer ce genre de produits, c’est très bien. »

Le test suivant a lieu le mercredi, ce qui me laisse une journée pour récupérer entre les deux sessions. J’entre, je m’assois et je répète le même processus que l’avant-veille. Un questionnaire puis cinq cocktails. Margarita, Tequila Dry, Tequila Soda, Old Fashioned, Margarita.

Les boissons semblent légèrement plus épaisses. Elles ont une consistance de tanin que les autres n’avaient pas, mais je les descends au même rythme et je me dépêche de prendre mon kebab en rentrant chez moi. 

Le lendemain matin, les résultats sont là. Étonnamment, je me sens bien. Je me réveille lentement et pendant une minute, j’oublie que j’ai bu cinq cocktails la veille. Je me sens tout à fait normal. Pas de maux de tête, pas de nausées, pas de picotements dans les yeux. Je suis fatigué, mais ce n’est pas nouveau. J’ai le sentiment d’avoir été piégé.

J’appelle Dahl pour savoir ce qui se passe. Je me sens un peu bizarre, comme si la gueule de bois était un moyen pour la nature de me dire que j’avais fait quelque chose de stupide, et que là, mon corps avait cessé de parler. Je demande à Dahl s’il vient de réinventer la roue. 

« Si les entreprises pensent qu’elles vont pouvoir continuer à vendre aux consommateurs leurs produits actuels qui rendent malade, elles risquent de subir un choc, dit-il. Je pense que le moment est venu et que les gens sont prêts à consommer de l’alcool autrement. »

Dahl a commencé sa conquête du monde derrière un comptoir afin de pouvoir expliquer les bienfaits de la boisson. Sur l’étagère d’un magasin de spiritueux, il dit que le produit se perd. Dans un bar, il peut expliquer comment il fonctionne et pourquoi. Il travaille actuellement sur des produits à emporter avec du vin, des spiritueux et même de la bière.

J’étais très sceptique au début, mais je dois admettre que j’ai été convaincu. Beaucoup de gens aiment l’alcool, mais personne n’aime la gueule de bois. Si on peut boire cet alcool sans aucune répercussion, pourquoi boire autre chose ?

J’imagine soudain un avenir sans gueule de bois où l’OPPIL serait le lieu sacré de la future mixologie. Il n’est pas certain que le monde soit vraiment prêt pour cela, mais maintenant que le génie est sorti de la bouteille, nous ne pouvons qu’attendre et observer.

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