Covid-19. Pourquoi le gouvernement veut « gagner du temps » jusqu’en mai et éviter un reconfinement

Article publié sur ouest-france.fr

Reconfinement généralisé ou mesures localisées ? Les deux hypothèses sont sur la table, mais une perspective se dégage : le recul de l’épidémie de Covid-19 d’ici mai. L’exécutif veut croire qu’il peut la maintenir sous contrôle dans les 60 jours qui viennent. Ou nous serons reconfinés jusque-là.

Nice et Dunkerque confinés le week-end, vingt départements placés sous « surveillance renforcée »​, mais tout ne va pas si mal. L’exécutif estime toujours être en capacité de contenir l’épidémie de Covid-19, malgré la progression des variants.

Jean Castex n’a pas annoncé de reconfinement jeudi 25 février, pas plus que des confinements locaux supplémentaires, mais une approche territoire par territoire, considérée désormais comme « la bonne méthode »​.

L’état des « zones sensibles » sera réévalué d’ici le 6 mars. Si les indicateurs s’envolent dans les jours qui viennent, elles feront l’objet de mesures ciblées, envisagées en lien avec les élus locaux. Mais, même si les données globales sont mauvaises, elles ne justifient toujours pas un troisième confinement généralisé, estime le gouvernement.

« On a un phénomène de montée, réelle, mais qui est plus lente […] ​qu’à la fin du mois d’octobre »​, lorsque la décision du deuxième confinement avait été prise, rappelle Jean Castex.

Les « courbes exponentielles » ​qui imposeraient de remettre le pays en rideau ne sont pas là. « Si nous avions des flambées épidémiques, la logique territoriale ne serait plus adaptée »​, précise le Premier ministre.

« On fait vraiment un travail à façon »

Olivier Véran étaye ce raisonnement en regardant le Nord. « À Dunkerque, l’incidence [du virus] ​est de 900 cas pour 100 000 habitants sur une semaine. À Lille, 76. Douze fois moins »​, pointe le ministre de la Santé.

Avec pareil différentiel, pas question de soumettre l’ensemble du département aux mêmes restrictions. Ce qui est indispensable à Dunkerque ne l’est pas à Lille. « On fait vraiment un travail à façon. Cette territorialisation, je crois que les Français y aspirent. Autant que nous pouvons le faire, je pense que nous devons le faire. »

Une territorialisation réclamée par certains élus. Le député Les Républicains Marc Le Fur espère un assouplissement du couvre-feu en Bretagne, moins touchée que d’autres régions malgré une forte présence du variant anglais en Ille-et-Vilaine, Morbihan et Côtes-d’Armor. À l’inverse, la Ville de Paris, sous forte pression épidémique, demande à être confinée trois semaines.

Le gouvernement, lui, continue à penser qu’un traitement localisé peut permettre de remporter la course de vitesse qu’il a engagée contre la maladie. Son objectif : « Gagner du temps. Gagner du temps, répète Olivier Véran. Chaque jour que nous gagnons est un jour qui nous approche de périodes climatiques dont on sait qu’elles sont moins propices à la circulation du virus. »

« Il faut tenir 60 jours »

Ça n’a l’air de rien, écrit comme ça, mais c’est « la » ​phrase clé du point sanitaire de jeudi. Celle qui résume tout ce qui se joue actuellement dans les coulisses du pouvoir. Même si les mécaniques du coronavirus restent loin d’avoir toutes été comprises, les scientifiques ont acquis la certitude, après une année de recul, que la météo joue un rôle essentiel dans sa propagation.

« Cinq jours de temps sec, à plus de 20 °C, font baisser la circulation du virus,décrypte un conseiller du président de la République, en marge de la conférence de presse du Premier ministre. Il faut tenir 60 jours. » ​Jusqu’en mai et le retour des beaux jours.

C’est ça, le « gagner du temps » ​évoqué par Jean Castex et Olivier Véran. Réussir à contenir la maladie dans les deux mois qui viennent pour pouvoir vacciner un maximum de personnes vulnérables (âgées ou à risque) et expérimenter de nouveaux traitements, à base d’Interféron ou d’anticorps monoclonaux.

Pas moins de cinq semaines en cas de reconfinement

À terme, la combinaison des trois facteurs (météo, couverture vaccinale et protocoles permettant de prévenir la survenue de cas graves) serait de nature à nous tirer définitivement d’affaire.

« Cette épidémie, nous en verrons le bout, a résumé Jean Castex, jeudi. ​La progression de la campagne vaccinale nous permet de fixer un cap : la fin du printemps. »

On devrait vite voir si tout cela tient la route. Ou pas. Les prochains jours (les prochaines heures ?) donneront le ton. En cas de retour des courbes exponentielles, « le Président n’hésitera pas un seul instant à reconfiner »​, soutien son entourage. Et longtemps si nécessaire. « L’expérience montre qu’il faut confiner au moins cinq semaines pour faire baisser durablement la circulation du virus. En deçà, elle repart rapidement. »

Jean Castex l’a dit jeudi, en clair : « J’entends certains appeler à un confinement dur et immédiat, dans l’espoir de nous débarrasser une bonne fois pour toutes du virus. Quatre semaines et puis on est débarrassé. Malheureusement, notamment en raison de la propagation des variants, c’est loin d’être aussi simple. » ​Nos voisins ne sont pas parvenus au « zéro Covid » ​malgré des mesures très strictes.

Même scénario que l’an dernier ?

Deux hypothèses se dessinent alors. La première consisterait à « tenir ensemble », comme le dit Jean Castex, jusqu’aux premières journées chaudes – et sèches – du mois de mai, en prenant des mesures très localisées (à l’échelle des « bassins de vie » ​plutôt que des départements) et en transférant des malades des régions les plus touchées vers celles encore épargnées, pour réguler la tension hospitalière.

La deuxième ressemblerait trait pour trait à celle vécue par les Français en 2020. Si le pays était à nouveau submergé, la décision d’un troisième confinement sera prise. Et il durera jusqu’au mois de mai (plus de cinq semaines), de façon à éviter un rebond et parvenir au changement de météo. Comme l’an dernier, lorsque la France avait été mise en panne du 16 mars au 11 mai.

L’Élysée et Matignon restent résolus à tout faire pour que ce scénario ne se répète pas. Mais le Covid, dont une partie des mécaniques nous restent encore largement inconnues, fera bien comme il veut…

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