Bordeaux : Quelle légitimité pour le classement des grands crus de Saint-Emilion ?

Article publié sur 20minutes.fr

Le bien-fondé du classement des vins de Saint-Emilion, contesté par trois domaines qui en ont été écartés, va être examiné par la justice

Tous les dix ans, le classement des vins de Saint-Emilion doit être revu. — Chris Warren/SUPERSTOCK/SIPA

Derrière le classement des grands crus de Saint-Emilion, ce sont des enjeux commerciaux et financiers forts pour les propriétés. Après une décision du Conseil d’Etat qui a renvoyé vendredi cette affaire devant la cour administrative d’appel de Bordeaux, la justice va devoir examiner le bien-fondé du classement, contesté depuis février 2013 par trois châteaux écartés. Il s’agit de Croque-Michotte, grand cru classé jusqu’en 1996 puis éconduit et déjà à l’origine d’une demande d’annulation du classement en 2006, Corbin-Michotte et La Tour du Pin Figeac, qui avaient saisi la justice après le classement de 2012, qui les avait rejetés.

Ce classement créé en 1955 est en effet révisé tous les dix ans par l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), dépendant du ministère de l’Agriculture. L’appellation Saint-Emilion est la seule à remettre en cause tous les dix ans son classement de grands crus. Les deux autres classements des grands vins de Bordeaux, celui de 1855 pour les Médoc et Sauternes et celui de 1959 pour les Graves, sont figés depuis leur création. En 2006, pour la première fois, il avait été annulé par la justice, saisie par huit propriétés déclassées. Le classement de 2012 devait le remplacer

La dégustation ne serait plus le critère central

Les trois châteaux viticoles écartés jugeaient leur déclassement « incompréhensible », contestant notamment le fait que la note de dégustation ne soit pas le critère prépondérant, et la prise en compte de critères selon eux accessoires, tels que la nécessité d’avoir une salle de réception dans le domaine, ou du personnel d’accueil multilingue.

Le tribunal administratif leur avait donné tort en décembre 2015, validant de facto le classement. Les châteaux avaient fait appel mais, en avril 2019, la cour administrative d’appel avait confirmé le jugement de 2015. Cependant, ces décisions de justice ne se basaient pas sur le fond, mais sur le fait que les plaignants avaient déposé leur requête trop tard, c’est-à-dire plus de deux mois après l’arrêté interministériel du 29 octobre 2012 homologuant le classement. Les représentants du Château Croque-Michotte en avaient appelé en dernier recours au Conseil d’Etat.

Celui-ci a relevé que la justice administrative n’avait pas cherché à savoir à quelle date la décision de les écarter du classement avait été « notifiée » aux châteaux et avait donc « commis une erreur de droit ». L’affaire est donc renvoyée à nouveau devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux qui devra juger, cette fois-ci sur le fond, de la validité de ce classement.

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