12 janvier 1969: Led Zeppelin sort son premier album

Article publié sur rollingston.fr

Les gars de Led Zeppelin se connaissaient à peine lorsqu’ils commencent à enregistrer, mais tout est là: le blues, la puissance et une incroyable maestria

Dès les deux premières secondes de ce premier album, Led Zeppelin fait la démonstration de ce qu’il veut faire. Ce qu’il veut nous faire. Le groupe attaque “Good Times Bad Times” avec deux notes qui nous tombent dessus comme une enclume dans un cartoon, avant de faire place à la rythmique syncopée de John Bonham, à la guitare tranchante de Jimmy Page et aux hurlements suraigus de Robert Plant, lequel parle de sexe si fort que les voisins sont outrés. “Ce n’était vraiment pas quelque chose de beau, dira plus tard Plant. Ce n’était pas censé l’être. Juste un déchaînement d’énergie.”

Ces mots pourraient s’appliquer à tout l’album. Enregistré en trente heures de studio sur une période de trois semaines (“Je le sais, c’est moi qui ai payé la facture”, souligne Page), le premier opus de Led Zeppelin est à mille lieues de l’album concept. Sa création a été comparée à celle de Please Please Me des Beatles, en 1963, terminé au terme d’une journée éreintante.

Puissance brute

Tous les éléments que le groupe explorera lors de la décennie suivante sont là: un étouffant blues psychédélique (“Dazed and Confused”), une révision en haute-définition du rock’n’roll (“Communication Breakdown”), des passages sans transition d’une ballade tendre à un rock sauvage (“Babe I’m Gonna Leave You”), une réinvention des codes de la folk, du blues et même du classique dans l’intro à l’orgue de John Paul Jones, inspirée de Bach, sur “Your Time Is Gonna Come”.

Le tout unifié par l’indéniable puissance brute du groupe. Led Zeppelin travaille ce répertoire (concocté par Page) lors d’une brève tournée en Scandinavie durant l’été 1968, peu de temps après le départ de Page des Yardbirds. De bien des façons, ils sont une collection d’opposés: d’un côté, Page, superstar de la scène londonienne au même titre que Jeff Beck et Eric Clapton, et Jones, musicien de studio établi; de l’autre, Plant, qui vient de la folk, et l’électron libre Bonham, deux inconnus qui ont déjà joué ensemble dans un groupe appelé Band of Joy.

« Jouer lentement mais avec rythme, c’est l’une des choses les plus difficiles au monde. »

Garder le contrôle 

“Je savais exactement ce que je voulais faire avec eux”, assure Page. Il aurait pu enrôler n’importe qui (une des possibilités incluait Keith Moon et Beck), mais il voulait un groupe où il puisse tenir “le contrôle artistique d’une main de fer.” L’une des premières chansons que Page suggère à Plant est “Babe I’m Gonna Leave You”, tumultueuse réinterprétation d’un standard du folk américain qu’il a découverte dans un album live de Joan Baez. Un choix singulier pour quatre musiciens de blues britanniques.

Sur “Black Mountain Side”, Page puise son inspiration dans la folk anglaise en remodelant une chanson traditionnelle gaélique, “Black Water Side”, à partir de la version du guitariste Bert Jansch. Led Zeppelin est bourré de ce genre d’allusions et d’emprunts – c’est de là qu’est née l’idée que le groupe était un cleptomane sans remords –, depuis le boulet de canon “How Many More Times”, très Howlin’ Wolf, jusqu’au rock incisif à la Eddie Cochran sur “Communication Breakdown.” (Des décennies plus tard, Jansch racontait au journaliste Mick Wall que Page n’arrivait toujours pas à le regarder en face.)

Pochette

Obtenir un « vrai » son

Dans le cas de cet album, l’esthétique je-pioche-à-droite-à-gauche s’explique en partie par le fait que le groupe est tout nouveau. Lorsqu’ils enregistrent Led Zeppelin (pratiquement sans overdubs) aux studios Olympic de Londres, les musiciens sont encore à la recherche d’un langage commun. “Personne ne se connaissait vraiment, explique Plant, qui n’avait jamais mis les pieds dans un studio de ce calibre avant. Quand je repassais dans la salle de contrôle pour écouter, il y avait un tel poids, une telle puissance. C’était dévastateur. J’avais encore beaucoup de chemin à parcourir avec ma voix, mais cet enthousiasme, cette étincelle qu’il y avait à pouvoir travailler avec la guitare de Jimmy… c’était tellement obscène.”

Obscénité rendue écrasante et spectrale par Page, qui place des micros partout dans le studio pour obtenir un son “vrai”, qui pourrait rappeler l’ambiance brute et large des anciens albums de chez Chess et Sun. L’ingénieur Glyn Johns, qui n’est pas crédité, apporte sa touche à cet effet en plaçant la batterie de Bonham sur une estrade, pour en magnifier le son “phénoménal”. On a beaucoup parlé de la puissance de Bonham (le rythme sur “Communication Breakdown” tend vers le punk), mais Jones est tout aussi impressionné par sa retenue: “John gardait un rythme parfait sur les morceaux lents comme “You Shook Me”. Jouer lentement mais avec rythme, c’est l’une des choses les plus difficiles au monde.”

Jon Dolan

Écoutez Led Zeppelin par ici.

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