Le top 15 des films de l’année

Article publié sur lesechos.fr en 2020

Pendant toute une partie de l’année, les salles obscures ont été fermées pour raisons sanitaires. Pourtant, Les Echos n’ont eu aucun mal à sélectionner un top 15 de haut niveau. Le documentaire y côtoie le film d’animation, la reconstitution historique se mêle aux comédies, films fantastiques ou drame social. Des oeuvres nous sont venues de France comme de l’étranger et de très jeunes auteurs figurent à côté de cinéastes confirmés. Ainsi, 2020 a su être une belle année de cinéma… malgré tout.

« Le cas Richard Jewel » de Clint Eastwood avec Paul Walter Hauser (© 2019 Warner Bros. Entertainment Inc.)

« Le cas Richard Jewell » de Clint Eastwood

Un modeste agent de sécurité empêche un attentat… et se retrouve accusé de l’avoir fomenté. Autopsie d’une machine médiatique à fabriquer des héros qu’elle détruit aussitôt, « Le cas Richard Jewell » est un film sec, efficace, sans faute. Depuis « American Sniper » (2014), Eastwood s’est attaché à mettre en scène des histoires vraies d’Américains ordinaires, propulsés dans la lumière. En 2020, à 90 ans, il était encore au rendez-vous.

« Séjour dans les Monts Fuchun » de Gu Xiaogang

Quelques mois dans la vie d’une famille ordinaire chinoise au bord d’un fleuve. A travers une galerie de personnages attachants, Gu Xiaogang relate les bouleversements de son pays au XXIe siècle. Cependant, par son esthétique inspirée de la peinture chinoise de paysages, « Séjour dans les Monts Fuchun » est aussi un hommage à la puissance de la culture et des traditions. Ce premier film est annoncé comme le début d’une trilogie. La révélation de l’année.

« Drunk » de Thomas Vinterberg

Quatre profs dépressifs décident d’appliquer à leur vie la vieille théorie d’un psychologue norvégien : l’homme serait né avec un déficit d’alcool dans le sang qu’il convient de combler pour trouver le bonheur. Chacun va vivre l’expérience à sa façon. « Drunk » est un conte arrosé , à la fois lucide et amusé sur l’alcoolisme, ses joies et ses malheurs. Réalisateur inégal, Vinterberg signe son meilleur film depuis « Festen » porté par un Mads Mikkelsen impérial.

« Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » d’Emmanuel Mouret

Maxime part se remettre d’une rupture sentimentale dans la maison de son cousin François. Celui-ci est retenu à Paris et Maxime est accueilli par sa compagne, Daphné. De nature curieuse, elle cherche à savoir ce qui l’a mené jusque-là. Naturellement, Maxime demande à Daphné comment elle a connu François. S’ouvre un fabuleux imbroglio de séduction et de passion, de déceptions et d’emballements, de hasards et de trahisons. « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » est un film élégant, coquin puis tragique. Qui procure le plaisir tout simple d’écouter des comédiens (Niels Schneider, Camelia Jordana…) dire de beaux dialogues.

« Antoinette dans les Cévennes » de Caroline Vignal

Institutrice délurée, Antoinette attend les vacances d’été pour passer un peu de temps avec son amant qui est aussi le père d’une de ses élèves. Au dernier moment, il décide de partir avec sa femme en randonnée dans les Cévennes. Qu’à cela ne tienne, Antoinette part elle aussi sur les chemins, flanquée d’un âne. Comédie sentimentale et western occitan, « Antoinette dans les Cévennes » est sorti entre les deux confinements comme une bouffée d’air. Drôle, émouvante, sexy, Laure Calamy y livre l’une des plus ébouriffantes performances de l’année.

« Antoinette dans les Cévennes », un film en forme de ballon d’oxygène, porté par une ébouriffante Laure Calamy.© Julien Panié / CHAPKA FILMS / LA FILMERIE / FRANCE 3 CINEMA

« Ondine » de Christian Petzold

Le mythe ancien de la nymphe qui assassine les hommes qui la quittent transposé dans le Berlin contemporain. Après une séparation, Ondine rencontre un autre homme, choisit l’amour et refuse sa malédiction qui, comme il se doit, finira par la rattraper. Film romantique, « Ondine » est aussi un bouleversant portrait de Berlin , ville déchirée, reformée et hantée. Le grand metteur en scène allemand a sans doute signé le plus bel incipit de 2020 avec le regard vert de Paula Beer planté droit dans l’oeil de la caméra : « Si tu me quittes », dit-elle, « je dois te tuer ». On y croit.

« Never, Rarely, Sometimes, Always » d’Eliza Hittman

Dans un coin paumé de Pennsylvanie, Autumn apprend qu’elle attend un enfant. Accompagnée de sa cousine, elle se rend à New York. Dans la grande ville, contrairement à la Pennsylvanie, l’IVG n’est pas interdit aux jeunes filles mineures. Film tendu, rigoureux, pudique et bouleversant, « Never, Rarely, Sometimes, Always » est à la fois le portrait d’une jeunesse et celui d’un pays, de ses moeurs et de sa politique de santé. Discrètement, Eliza Hittman tourne des films depuis près de 10 ans. « Never, Rarely, Sometimes, Always » l’impose comme une cinéaste majeure dans le paysage américain.

« Mank » de David Fincher

Los Angeles, 1940. Herman Mankiewicz (Gary Oldman), alias « Mank », est envoyé dans une modeste villa en plein désert pour écrire le scénario de « Cizen Kane » , premier long-métrage du tout jeune metteur en scène Orson Welles. Il se souvient de sa vie dans les studios, des nababs et des actrices… Dans un noir et blanc somptueux, le réalisateur de « The Social Network » ressuscite l’âge d’or d’Hollywood, dans tout son glamour mais aussi sa cruauté. Un film d’autant plus surprenant que cet hommage au cinéma d’hier n’a pu être produit aujourd’hui que pour le petit écran et la plateforme Netflix.

Gary Oldman incarne magnifiquement « Mank » © NETFLIX

« ADN » de Maïwenn

La mort d’un grand-père adoré ressoude une famille séparée. Neige, l’aînée des petits-enfants, se lance dans la quête de ses racines algériennes. Film choral, entre drame familial et comédie, « ADN » se resserre doucement sur son personnage principal pour filer vers les rives de la Méditerranée. Une réflexion sur l’obsession des origines, cette volonté acharnée de savoir d’où l’on vient… et la possibilité d’inventer sa vie. La réalisatrice de « Polisse » signe son travail le plus abouti. Sorti le mercredi d’avant le second confinement, l’un des grands films sacrifiés de l’année.

« Madre » de Rodrigo Sorogoyen

Dans une ville d’Espagne, une femme parle à son enfant au téléphone. Son père s’est absenté. Il est seul sur une plage en France bien incapable de dire où exactement. Il a peur, il dit qu’un homme s’approche. Elle ne l’entendra plus jamais. Des années plus tard, elle travaille dans un bar de la côte basque, croise le regard d’un adolescent qui pourrait être son fils. Le jeune cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen prolonge un court-métrage et, sur un bord de mer filmé comme un désert, tisse ce qui est à la fois un polar, un mélodrame, une histoire d’amour impossible… « Madre » s’avère un des films les plus troublants de l’année.

« Calamity » de Rémy Chayé

La jeune Martha Jane et sa famille traversent les plaines de l’ouest. Accusée injustement de vol, décidée à prouver son innocence, la jeune fille s’évade et va vivre ses premières aventures. À son retour, on l’appellera Calamity Jane. Tout est dans le titre : Rémy Chayé propose « une enfance » de Calamity Jane romancée, dans de magnifiques couleurs qui évoquent parfois Gauguin. 2020 fut une belle année d’animation où se distinguait ce western pastel, pour retrouver sinon l’Amérique, du moins son rêve de cinéma.

« Adolescentes » de Sébastien Lifshitz

En 2020, le Sébastien Lifshitz a signé de deux très beaux documentaires. « Petite fille » pour la télévision et « Adolescentes » pour le grand écran. Pendant cinq ans, le cinéaste a suivi deux amies de Brive, de la quatrième à l’automne après le bac. Chronique de l’âge des premières fois, « Adolescentes » dresse aussi le portrait d’une France du début de siècle, des attentats de Charlie Hebdo à l’élection d’Emmanuel Macron. Témoignage de l’histoire au présent, « Adolescentes » va décanter et prendre une nouvelle dimension au fil des ans.

« Soul » de Pete Docter

Un musicien passé à côté de sa carrière meurt par accident juste après avoir enfin réussi une audition. Arrivé dans l’au-delà, il va tout faire pour revenir sur terre. « Soul » Le nouveau dessin animé du réalisateur de « Vice et Versa » vogue entre un New York hyper réaliste et les paysages hallucinants d’un purgatoire conçu comme une multinationale. Pour les fêtes d’une fin d’année marquée par la maladie, le studio Pixar nous a offerts une rêverie sur la musique et l’éphémère de chaque instant. Les sorciers du dessin animé numérique osent aborder le thème de la mort… pour mieux célébrer la vie.

« Dark Waters » de Todd Haynes

Robert Bilott, avocat de Cincinnati, découvre qu’une célèbre entreprise américaine empoisonne les eaux d’une région agricole de Virginie. Après les bêtes, les habitants tombent malades et meurent. Robert se lance à l’assaut de l’entreprise DuPont, une croisade qui durera toute une vie. Film dossier à la manière des années 1970, oeuvre engagée, « Dark Waters » marque une nouvelle réussite de Todd Haynes, dans un style très différent de ses précédents travaux. En 30 ans, l’auteur de « Loin du Paradis » ou « Carol » n’a jamais raté un seul film et construit l’une des filmographies les plus solides du cinéma contemporain.

« Tenet » de Christopher Nolan

Un agent secret tente d’empêcher l’apocalypse nucléaire grâce à une matière qui permet d’inverser le cours du temps. Sorti entre deux confinements, « Tenet » aura cristallisé de façon presque absurde tous les espoirs d’une industrie cinématographique dans la tourmente. Si Christopher Nolan n’a pas « sauvé le cinéma », au moins a-t-il réalisé un divertissement ludique doublé d’un grand spectacle. « Tenet » nous tendait un Rubick’s Cube. Certains, exaspérés, l’ont jeté ou piétiné. D’autres tentent encore de rassembler toutes les couleurs sur la même face.

John David Washington et Robert Pattinson dans « Tenet », un ahurissant palindrome© (2020 Warner Bros. Entertainment, Inc. All Rights Reserved/ Melinda Sue Gordon)

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