Coronavirus : va-t-on vers une troisième vague après Noël ?

Article publié sur ladépêche.fr

Une troisième vague est très probable, mais quelle sera son ampleur ?/ PhotoPQR.

La troisième vague de coronavirus a déjà frappé les Etats-Unis, la Japon, l’Iran ou encore la Corée du Sud. En Europe, tandis que la deuxième vague décroît et que les restrictions s’allègent, la crainte d’un nouvel épisode au début de l’année 2021 commence à occuper les esprits.

Après la deuxième vague, verrons-nous une troisième vague ? Alors que la France vient de passer le pic de la deuxième vague de coronavirus et que, mardi 24 novembre, Emmanuel Macron a détaillé la stratégie d’un déconfinement très progressif, la crainte d’une troisième vague au début de l’année 2021 commence, en effet, à occuper les esprits.

Une telle situation est déjà à l’œuvre aux Etats-Unis, pays le plus touché au monde, mais aussi au Japon, en Iran ou en Corée du Sud, dont la réponse à l’épidémie avait pourtant été citée comme un modèle… Et l’Europe n’est pas à l’abri d’une troisième vague elle aussi.

Inquiétudes de l’OMS et de l’UE

Dimanche dernier, David Nabarro, envoyé spécial de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a ainsi prédit une troisième vague de l’épidémie début 2021 en Europe si les gouvernements reproduisent ce qu’il qualifie d’erreur face à la deuxième vague épidémique en cours. « Aujourd’hui nous avons une deuxième vague. S’ils ne construisent pas l’infrastructure nécessaire, nous aurons une troisième vague au début de l’année prochaine. Il faut une surveillance très étroite des personnes afin de savoir qui est infecté. »

L’OMS a aussi appelé à passer un Noël en petit comité. « Nous devons tirer les leçons de l’été, ne pas répéter les mêmes erreurs et ne pas assouplir trop vite. Relâcher trop rapidement et trop largement, c’est le risque d’une troisième vague après Noël », a de son côté déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Un message entendu par la France. Mardi soir en présentant sa stratégie de déconfinement au long cours avec plusieurs étapes – 28 novembre, 15 décembre et 20 janvier – Emmanuel Macron a fixé un cadre global : « Nous devons tout faire pour éviter une troisième vague, tout faire pour éviter un troisième confinement. Si nous ne voulons pas subir demain un troisième confinement, nous devons redoubler de vigilance. »

Trois scénarios d’évolution

Cette vigilance, les scientifiques y font appel depuis longtemps, depuis le début en fait de l’épidémie qui a été modélisée pour savoir comment elle pouvait évoluer. Ainsi, en mai dernier, le Center for Infectious Disease Research and Policy (Cidrap) de l’université du Minnesota, aux Etats-Unis, proposait trois scénarios d’évolution de la pandémie qui, tous, avaient comme point commun de durer plusieurs mois, au moins jusqu’en 2021.

Les chercheurs ont bâti les scénarios à partir des données de précédentes pandémies, et notamment celle de grippe. Le premier scénario envisageait « des pics et des creux » d’intensité assez similaires, c’est-à-dire après la première vague du printemps, une deuxième à l’automne 2020, puis une troisième au printemps 2021, une quatrième à l’automne 2021, etc. Tout cela pendant un ou deux ans. D’où des mesures de restrictions ou de confinement stoppées puis réenclenchées (stop & go).

Dans le deuxième scénario, les épidémiologistes modélisaient qu’après la première vague actuelle, deux vagues notables seraient à relever : une première, plus importante, à la rentrée 2020 (ou au début de l’hiver), suivie d’une troisième vague, cette fois plus petite, en 2021. « Ce modèle est similaire à ce qui a été observé avec la pandémie de 1918-2019 », expliquait alors le Cidrap. Enfin le troisième scénario consistait en une extinction très lente de l’épidémie avec plusieurs vagues d’intensité variable, un peu comme si le virus restait en toile de fond.

À l’observation, on peut écarter le scénario 3 et espérer que nous sommes dans le cas du scénario 2 avec une potentielle troisième vague qui serait plus petite. À condition de tout faire pour qu’elle soit la plus petite possible…

“Plusieurs vagues successives”

En France, le Conseil scientifique Covid-19, qui éclaire le gouvernement, s’est retrouvé dans les projections du Cidrap. Le 26 octobre dernier, dans son avis sur la deuxième vague, il a évoqué un troisième épisode. « Il est probable que ces mesures [contre la deuxième vague, ndlr] même optimisées ne suffiront pas pour éviter d’autres vagues, après la deuxième. On peut ainsi avoir plusieurs vagues successives durant la fin de l’hiver/printemps 2021, en fonction de différents éléments : état climatique, niveau et efficacité opérationnelle de la stratégie Tester, Tracer, Isoler », écrivait le Conseil, présidé par le Pr Delfraissy, qui préconisait deux approches.

« On peut envisager une stratégie de type on/off avec des mesures de restrictions successives, variables selon les territoires et pour des durées limitées, entrecoupées de mesures plus libérales. » Et d’ajouter : « Une dernière stratégie consisterait, une fois le contrôle de la circulation du virus rétabli (5 000 contaminations par jour), à maintenir le virus à un taux inférieur à ce seuil, en suivant une stratégie de suppression de la circulation virale comme l’ont effectué plusieurs pays d’Asie, le Danemark, la Finlande et l’Allemagne. Cette stratégie implique des mesures fortes et précoces à chaque reprise épidémique. »

Les annonces d’Emmanuel Macron mardi, détaillées jeudi par Jean Castex, semblent effectuer un mix de ces deux préconisations avec une mise à jour de la stratégie Tester, Tracer, Isoler et des points réguliers pour alléger ou supprimer les mesures de restriction.

Des pays déjà confrontés à un troisième pic épidémique

Alors que l’Europe est en train de gérer la deuxième vague épidémique du coronavirus SARS-CoV-2, plusieurs pays dans le monde font face à une troisième vague. Tour d’horizon.

Les Etats-Unis

Au premier rang d’entre eux, les Etats-Unis. Après une première vague au printemps, vers avril, le pays a connu un deuxième rebond des contaminations pendant l’été, dès juillet, avant un troisième rebond cet automne. Il a commencé dans certains États avant de s’étendre à tout le pays confronté à une augmentation forte et rapide de l’activité du virus qui en fait le pays le plus touché au monde. Les Etats-Unis ont déploré mercredi, à la veille de la très populaire fête de Thanksgiving, plus de 2 400 morts du coronavirus en 24 heures, selon les données de l’université Johns Hopkins, un triste bilan qui n’avait pas été atteint depuis plus de six mois.

Avant Thanksgiving, de nombreux Etats ont, les uns après les autres, réimposé des restrictions malgré l’arrivée de la période des fêtes, alors que Donald Trump a exclu tout confinement à l’échelle nationale, suivi par Joe Biden. Le président élu a lui aussi indiqué qu’il ne décréterait pas un confinement généralisé, trop coûteux économiquement.

Sans aller jusqu’à interdire les déplacements, les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) avaient appelé pour la première fois les Américains à ne pas voyager pour cette fête.

Le Japon

Après la deuxième vague de l’été, le pays du soleil levant, qui enregistrait entre 300 et 700 cas par jour, pensait en avoir fini et commençait à retrouver une vie normale entre voyages, bars et restaurants. Las ! Un rebond a été constaté et le 19 novembre, le nombre de malades du Covid-19 a dépassé, pour la première fois depuis le début de la crise, le seuil symbolique de 500 nouveaux cas à Tokyo. Même si les chiffres peuvent paraître faibles par rapport à ceux constatés en Europe, le Japon – où les tests ne sont pas pratiqués à grande échelle – s’est alors placé en « alerte maximale », sans toutefois prévoir de nouvelles mesures de restrictions.

La Corée du Sud

La Corée du Sud, souvent présentée comme un modèle dans la lutte contre l’épidémie, s’est retrouvée elle aussi confrontée à une reprise de l’épidémie. « La troisième vague est là. La situation est très sérieuse », a déclaré le 22 novembre Park Neung-hoo, ministre de la Santé sud-coréen, alors que le nombre de cas de contamination avait franchi la barre des 300 par jour quatre jours pus tôt.

De nouvelles règles restrictives ont été prises par le gouvernement, qui craint que cette troisième vague ne soit pire que les deux précédentes en raison de foyers de contamination plus nombreux et plus dispersés. « Évitez les rassemblements lors des fêtes de fin d’année » et « limitez vos activités extérieures à l’essentiel », a demandé le Premier ministre Chung Sye-kyun. 30 000 personnes ont été contaminées en Corée depuis le début de l’épidémie, avec quelque 500 décès.

L’Iran

En Iran, pays le plus touché par la pandémie au Moyen-Orient, la situation paraît catastrophique. Après un premier pic au printemps, puis un deuxième pendant l’été, le pays est frappé par une troisième vague de Covid-19 avec une explosion du nombre de morts. Depuis février, les autorités ont toujours refusé de décider un confinement généralisé, attribuant la responsabilité de la crise… aux États-Unis et à leurs sanctions. Mais des mesures sont toutefois prises actuellement : mosquées, écoles, universités, salons de beauté, cafés, salles de sport et piscines sont fermés dans 25 capitales provinciales.

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